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Singularités sans visage On naît avec un visage. Jai appris à appuyer le mien sur la surface calme du miroir, qui du coup changé, me montrait comme si jétais là, toujours là et toujours moi. Déjà avant de commencer à regarder mon corps, jétais habituée à métudier scrupuleusement le visage. Impassible, souriant, impassible ; longuement dans les yeux, le contour de la bouche, la peau. Patient, je le regardais attendre que le contour du miroir devienne tangible ; jattendais la méconnaissance qui ne tardait pas à venir. Et puis, je continuais à regarder linconnue qui me regardait dun ailleurs encore moins familier que ce visage étranger. Le visage devient ce que lon devient. Cet exercice, je l ai aussi entamé auprès des mots. Inlassablement, je répétais les mots des choses jusquà ce que les mots se perdent loin des choses dans un labyrinthe encore moins lumineux que lombre dun miroir. Visage visage visage, mille fois au même rythme et je nen avais plus. Puis, jai lu quelquun dire quil écrivait pour perdre son visage. PATCHWORK Levinas croyait au visage humain. Le visage de lautre, cest la justice, il a dû écrire. Klossowski ou Bataille, Sade avant eux, lui préféraient le cul. Plus quune préférence, le goût davoir lun se dessiner dans lautre Dans les rues des grandes villes, les visages par leurs yeux destinateurs/destinataires portent le seul poids dont les mains sont exclues : le rapport aux autres, le rapport à la ville. La plupart du temps, il ne se passe rien. Pourtant, ce " rien " nest souvent que celui du visible, limperceptible étant ce qui lui échappe par excellence. Cette énergie diffuse des visages-sans-nom dans la ville est captée ailleurs en ce quon appelle le plus souvent anonymat, violence ou fatigue. Les visages-sans-nom, un lent défilé, traverse les miroirs domestiques. Leur chant impersonnel murmure, il y a déjà au moins un siècle, ce que nous connaissons sous le nom " art ". Les arts, qui sont aussi des métiers, ont voulu écrire, peintre, filmer - penser cet imperceptible que le corps comme il nu ne savait pas ordonner, ce que les corps sans visage et dans la ville ne pouvaient que silencieusement subir, ce que les visages sans corps de la ville ne faisaient quoublier. Face aux auto-portraits de Cézanne, ceux dArtaud. À côté de Gioconda, les portraits minuscules de Rosemary Trockel. Dans les pages de Marcel (Proust), Thomas lobscur (Blanchot). À la place de la ville, les maquettes de Dan Graham. Lespace strié que se veut la ville se laisse parfois divertir en espace lisse. Cela sappelle association didées et cela sappelle " faire ". Art. Arts de faire. Les noms-sans-visage qui peuplent ces autres " villes " quhéberge le réseau dinterconnexion mondiale sont déjà potentiellement connectés. Dun site à lautre - un saut. Cet espace est strié et cet espace est lisse. Manières de faire. Les noms-sans-visages ont des adresses. Ils sont accessibles, et cela par voies multiples. On tape un url, on engage un moteur de recherche qui procure ces url, on crée ou lon suit un lien, on clique sur une image. Du parcours, on fait un espace organisé, une ligne ; puis, on saute, on ségare, et lon procède par détours. Cet " on " (mot qui en grec dit létant), peur du journaliste et chance de lartiste si on doit se figurer tout cela de façon binaire, est chez soi sur le net. Il est tellement chez soi quil na même pas besoin de sintroduire pour ainsi dire. Les pages persos sont à la portée de tout le monde. Contrairement à ces autres pages perso qui constituaient le journal intime, qui devaient rester soigneusement dans le tiroir à labri des regards, celles-là sont la mise en scène et la mise en disposition de leur intimité. Le plus grand nombre de regards indiscrets le mieux. Ou plutôt, ce quon aurait appelé indiscrétion dans lobscurité dun tiroir nexiste plus sur la clarté de lécran qui donne à voir et à copier. Le geste dintrusion, de récupération est le bien-venu, est le but. Combien de " visites " aujourdhui ? Ce que cherchent à partager et à faire partager ces pages tellement variées et hétéroclites, nest-ce pas limpersonnel, le " on " indomptable qui les institue et en même temps les menace rien que par leur nombre toujours croissant ? Le murmure impersonnel vient-il désormais de là ? Sagirait-il dun art nouveau ? Un art statistique et point statique, une uvre qui se crée collectivement et pourtant sans conscience collective ou plutôt sans la conscience de la collectivité qui le constitue ? Tous ces noms-sans-visages (car les photos éventuellement interfacées, ce ne sont pas des visages : il sagit au mieux de fantômes introductifs à des rencontres ultérieures / car les web-cams, ne " présentent " pas lautre, mais le spectre fascinant de son absence) tissent luvre-sans-intentionnalité. Cyberespace. Intimités à carrière multiple. Carriera. Curriculum Vitae. Morceaux choisis. Micro-monuments dun éphémère qui naspire quà sa croissance. Léphémère : version permanente. Ces pages écrivent entre les sites, commerciaux ou autres, un espace aussi illisible au premier abord que les graffitis sur les murs entre les boutiques. Ce qui ne veut pas dire sans lecteur : les graffitis sajoutent aux graffitis. Le nombre de pages persos en pleine hausse. Des pages persos sur la ville. Dans la ville de Paris, il y a un programme municipal de nettoyage organisé des tous les murs écrits. Il suffit de faire appel à la municipalité et donner ladresse du mur écrit. Les " murs écrits ", les " mûrs écrits ". Sans besoin de maturité, les graffitis rendent pourtant à la ville son âge. Temps et époque. Nettoyage et ré-écriture. Palimpseste " subventionné " Ces arts sans commissaire qui nient, souvent malgré eux, lart comme portrait attribuable réinitialisent aussi et en même temps le portrait comme art ; ils portent le portrait à sa question Expérimentation proposée : Prenez le visage sans visage derrière un guichet. La caissière qui dit " bonjour " et fait " bip ", " bip ", " bip ". Le visage sans visage dans un kiosque (pas celui de votre quartier) entouré des mille couvertures aux visages multicolores. Puis, regardez à côté ou sur les murs entre les stations du métro. Il y a là (des) signature(s). Il y a là un signe inattendu écrit sur une surface qui nétait pas destinée à le recevoir et qui pourtant lui sert despace dexposition, qui laccueille parce que désormais ce signe lhabite. Instantané I : Ce matin je lisais pour la énième fois le petit vers de Gainsbourg, affiché en hommage au fameux poinçonneur, dans un wagon du métro. " Je pense au peintre chinois qui regarde une fleur pendant trois mois et la cerne en quelques secondes ". Cette fois, une main anonyme, y avait ajouté ceci : " Je pense au peintre chinois qui regarde une fleur " (sécher ?) " pendant trois mois et la cerne en quelques secondes ". Jai ri. Ces parenthèses ; comme un petit commentaire qui se veut discret. Un murmure qui ajoute à la phrase ce à quoi je navais jamais pensé tout en layant mécaniquement lue et relue. Cette main a fait du tableau de la RATP un tableau (noir). Instantané II : La première fois au Père-Lachaise. Jusquen ce moment, lendroit n'existait quà travers les yeux de Raoul Ruiz, qui fait Mastroianni y dormir une nuit (Trois vies et une seule mort). La marche le silence. Puis, une énorme poubelle de plastique gris remplie de fleurs peu fraîches mais encore sous leur zelatine. Le deuil inachevé ? Mais sur la poubelle était écrit " Jeff Koons ". La main anonyme qui a signé à la place de lartiste na pas fait que reproduire du " Jeff Koons ". Cette main insolite a dénudé tous les Jeff Koons des musées du monde entier de la signature dartiste classé (des millions promis) et les a mis à la disposition de personne ; elle la rendue accessible à tout le monde. Moralité : Jeff Koons rien que pour avoir inspiré ce geste est un grand artiste. Cette main rien que pour avoir écrit cela devient une main dartiste. Lart de signer sans nom. Travestir la poubelle en signe ; ici " signe " dirait plutôt le geste : faire signe au passant. Entraîner lassigné dans un devenir qui lui est hétérogène, imprévu par linstance qui la créé. Linquiétante étrangeté. Imaginer un devenir-cul pour le visage et un devenir-visage pour le cul (ici et sous ce mot le correcteur orthographique de Word proteste en vert : mot familier : je clique sur : " ignorer toujours ". On écrit sur des murs qui se veulent de plus en plus auto-nettoyants ) Petits crimes inoffensifs, réticulaires, qui pourtant ne font pas signe quaux yeux. La connivence appartient à la marche, à lerrance, qui fait quil y ait des rencontres. Alors " signer " comme action pourrait désigner un processus de " mise en geste ", le long travail dinvention dune gestualité étrange, qui accompagne ce quelle travestit. Cette mise en geste nest pas une mise en scène. Elle affirme et investit de façon éphémère, subreptice, furtive, la stabilité ou la mobilité urbaine (écrire sur une poubelle qui sera nettoyée, écrire sur une pub, qui sera recouverte par une autre en quelques jours). La mise en scène implique une mise en évidence, alors que la mise en geste implique un geste de réappropriation sans possession, sans avenir. Un projet sans projet qui sadresse à personne et, du coup, à tout le monde. À quiconque il arrive de sen apercevoir, voilà tout. L'apprentissage/ " formatage " urbain, muséologique et électronique investi " à tort et à travers " dans la ville. Noter sur les cartes du plan de la ville. Peintre/ écrire sur une affiche de pub. Explorer à laveugle. Faire des graffitis sur la surface onduleuse des stores fermés des magasins. Dessiner par terre ou dans les toilettes. Créer des liens imprévus. Dessiner en lair - entre lair et la terre, comme linventent les skaters, qui inlassablement sy exercent entre la Seine et le musée dart moderne de la Ville de Paris ou les yamakasi dun building à lautre dans les cités. Faire de surfaces muettes une interface : se servir de l'espace en détournant ses fonctions premières. Danser en marchant penser la musique de mots, de pas, de figures. Déplacer, raturer, dessiner, effacer, multiplier les lectures et leurs lieux d'inscription. Arts urbains de faire avec l'espace strié : apprendre à aimer, à habiter ses trous anonymes Lapprentissage / " formatage " défait pour/dans la ville. Instantanés ? : le jeu sappelle connexion. À plusieurs re-prises. Pas de " moment décisif ". Accessibles à tout instant. De lien en lien. De clique en clique. Dune fois à lautre. Le temps en suspens ? Quelque chose se tisse tout en changeant : quest-ce quun bookmark, quest-ce que ça marque, quest-ce que ça garde ? Des séries t1, t2, t3 tn. Des différences qui créent des différences, mais pas seulement. Il sagit plutôt de différences qui se différencient en tant que références et en tant quexpériences. Le " lecteur " t1 est différent du " lecteur " t2, mais, à lencontre du livre, le site t1 est souvent lui aussi différent matériellement du site t2. Que les sites peuvent eux aussi changer de visage comme dorénavant les humains Les adresses changent, ou ne sont plus valides, des " pages " disparaissent, le design se complexifie, les projets changent, les liens meurent ou se multiplient Quelquun joue en permanence, de temps en temps, avec mes notes. Keep-in-touch is the message. Revenir. Investir le cybercosmos. Les codes. Les polices et les tailles. Les protocoles. Les langages. Le soft et le hard ware. Les pixels. Les liens. Les sites. Entre eux, ça circule. Est-ce un musée, est-ce une ville ? Limportant cest que ça ne devienne pas un sibercosmos Peupler les couloirs tout en les créant. Revisiter, réitérer les incidents. SHORTCUTS (flèches notes de milieu de page ou le back office disparate) " Avoir un système, voilà qui est mortel pour lesprit ; nen avoir pas, voilà aussi qui est mortel. Doù la nécessité de soutenir, en les perdant, à la fois les deux exigences. " (Fr. Schlegel) " Le multiple-sans-original. " (Baudrillard) " On parle, on écrit, on essaye même de persuader par le moyen du discours. Cependant, tout un système global de satellites et des dispositifs crypto analytiques effectuent tout le stockage, la transmission et la computation nécessaires à analyser un message parmi des milliards dautres, qui, en ce moment précis, traverse le réseau de télécommunications de la terre. Les médias techniques nont rien à voir avec les intellectuels et la culture de masse. Ils sont des stratégies du réel ". Faut-il être allemand pour souscrire à ces phrases de Friedrich A. Kittler (Media Wars) ? Blow up (Antonioni). " La société moderne est la société des sujets. Tout sujet se conçoit soi-même comme la condition pour la constitution de tous les autres sujets. Sous cette perspective, tout sujet autre que soi ne possède quune existence dérivée, constituée, construite. Du coup, il ne peut y avoir d " intersubjectivité " fondée sur le sujet. " Lordre social, comment est-il possible ? Cette question ne peut pas trouver de réponse si elle commence par le concept du " sujet ". " (Luhmann) " Le plus profond, cest la peau " (Valéry). Orlan (Orlan). " On se coule dans un visage plutôt quon en possède un. " (Deleuze & Guattari) La femme au visage-corps ou au corps-visage (Magritte). " Certains agencements de pouvoir ont besoin de production de visage, dautres non. " (Deleuze & Guattari) " Oui, le visage a un grand avenir, à condition d'être détruit, défait. " (Deleuze & Guattari) http://lucdall.free.fr/fils_v1/index.htm " La splendeur du on, c'est celle de l'événement même ou de la quatrième personne. C'est pourquoi, il n'y a pas d'événements privés, et d'autres collectifs Tout est singulier et par là collectif et privé à la fois, particulier et général, ni individuel ni universel. Tout cela est seulement vrai de celui qui a saisi l'événement lui-même. Seul lui peut comprendre toutes les violences en une seule violence, tous les événements mortels en un seul Événement qui ne laisse plus de place à l'accident et qui dénonce ou destitue aussi bien la puissance du ressentiment dans l'individu que celle de l'oppression dans la société " (Deleuze légèrement modifié). Le " On " est, sous cette perspective, ce qui apparaît au plus près, quand on meurt (Blanchot). Le viol (René Magritte,1934) http://www.sfmoma.org/exhibitions/exhib_detail/00_exhib_rene_magritte.html http://www.thecooker.com/here/citypict/index.html " La notion romantique du " sujet écrivain ", aussi bien que celle théologique de l auteur " est " toujours déjà ", mais aussi dorénavant modifiée selon le cadre déjà proposé par la langue grecque où lécrivain est toujours censé être un co - écrivain, un " syn - grapheus" (sun-grafeaV, suggrafeaV, quelqu'un qui nécrit jamais seul, quelquun qui écrit toujours avec, à l'aide de, lautre ; que cet "autre" soit texte, absence bienfaitrice, circuit, ou les autres (absences ou textes ou circuits ou autres). " (personne) http://www.technoromanticism.com/en/projects/gallery/s_autoportrait.html www.panoplie.org/works/silence " - combien lhomme lui-même a-t-il dû dabord devenir prévisible, régulier, nécessaire, y compris dans la représentation quil se fait de lui-même, pour pouvoir finalement, comme le fait quelquun qui promet, répondre de lui-même comme avenir. (Nietzsche) Study of human body (Francis Bacon, 1982) http://www.francis-bacon.cx/figures/humanbody82.html Question marks ? Les shortcuts et tout ce quils (dés)organisent autour deux, nont pas un seul principe selon lequel ils doivent être lus. Parfois, il ne faut que suivre leur fil linéaire ; ils sentresuivent. Parfois, il vaut mieux en sauter quelques-uns, cliquer sur quelques autres ou patienter pour en rencontrer la suite. Ces expérimentations ne sont pas inédites : si cest par Memex et Xanadu, cest aussi dans IOOO plateaux : " Dans une certaine mesure, ces plateaux peuvent être lus indépendamment les uns des autres, sauf la conclusion qui ne devrait être lue quà la fin ", explicitent dans lavant-propos Deleuze et Guattari. Concernant ce livre, lintroduction peut donc aussi attendre son tour parmi le reste de chapitres. Il ny a jamais une seule porte dentrée, mais plusieurs. Il ny a pas un seul chemin à suivre, mais pleins de bifurcations à inventer, pleins de croisements à effectuer et à parcourir. La conclusion, une sorte de parti pris, on doit, pourtant, la rencontrer à la fin. Pourquoi ? Parce que ainsi, ce dont il y sera question, on en aura déjà fait lexpérience en lisant luvre de cette façon proposée (plateaux, plans, strates, déterritorialisation, etc.) On suit, chacun à sa façon, la morphologie dynamique des textes, on simule les trajets de leur écriture, on invente des liens et des passages, on superpose les temps différents de lecture au temps de l'écriture. Ces fragments ci-présents sur votre écran ont pourtant un nud d'attraction (et non pas un centre ni une conclusion) là, et au moment où, la thématique du portrait (vaste et déjà richement explorée avant cet " essai ") devient ces questions (questions qui naissent de murs signés et de pages persos abondantes) point exclusives, qui chorégraphient en scintillant ce qui de saut en saut, du jour au jour devient des Singularités sans visage : Pourquoi le portrait de quelquun, cest toujours son visage ? Pourquoi il ny a pas de portrait sans visage (dans le sens où, en peinture, même les quelques portraits sans visage se constituent en tant que commentaires au portrait en tant que visage) ? Si, par " portrait ", on entend tout simplement la représentation dune personne considérée pour elle-même, pourquoi cette personne serait surtout et avant tout égale à et/ou réductible à son visage ? Pourquoi individualité et portrait, donc visage, se trouvent-ils liés ? Le portrait " ne sinterdit pas de montrer le reste du corps, pourvu quil ne soit occupé quau port du visage, inoccupé à quoi que ce soit dautre et demeurant en somme en réserve et en ressource du regard. Ce reste du corps se réduit très souvent à la partie supérieure, avec les mains (qui sans nul doute organisent aussi quelque chose du sujet), ou bien sans elles, et sauf exception rare, à la ligne des épaules : on peut ainsi percevoir ( ) que le corps nest pas nu " (Jean-Luc Nancy). Afin de relever et révéler la structure du sujet, le portrait a délimité sa cible à cet ensemble, plus ou moins étendu, qui/que constitue le visage. Notez que toute la problématique du regard du portrait est laissée de côté: Geste insolent et contestable afin de faire le tour dune seule question dont les précédentes ne sont que les variations descriptives : " POURQUOI SERAIT-ON SURTOUT UN VISAGE ? " Question étrange adressée au miroir. Question revenant des visages-sans-nom . Question surprenant des noms-sans-visage. Question qui surgit des textes de Sade et des leurs " liens ". Question que, même sans des telles aventures ou lectures ambiguës, on ne peut pas manquer de confronter quand on agit dans le cyberespace. Le simple fait de pouvoir bavarder ou effectuer des contrats sans jamais avoir vu le visage de l " interlocuteur ", sans avoir besoin de recourir à cette garantie que sont les traits dun inconnu, et surtout son regard, afin de conclure un accord ne serait-ce que minuscule ; ce simple fait, ce geste douverture quon fait, pose de par lui-même cette même question. Quest-ce qui remplace le visage/le regard dans son rôle de " garant " ? Et, surtout, dans son rôle de " séducteur " ? Comment fait-on pour établir des liens ? Quest-ce qui est présent à travers ces rencontres, puisque la présence physique dans un premier temps en est exclue ? FROM THE TAPE I (premier dialogue : hi-fi) - Quest-ce qui remplace le visage/le regard dans son rôle de " garant " ?
FROM THE TAPE II (deuxième dialogue : bruit ?)
D-TOURs Dans Justine ou les malheurs de la vertu ou peut-être plutôt dans Juliette ou les prospérités du vice, se trouve un petit récit de quelques lignes parmi le volume de pages incommensurable que représente l'uvre de Sade. Il s'agit maintenant, des années entières après cette première lecture ; il s'agit d'un(e) enfant(e) dont on a coupé les mains, les jambes, les oreilles, arraché les yeux et pourtant la créature mutilée est en vie. Est-ce encore dune personne quil est question ? Ce strict minimum est-il suffisant à représenter une personne selon le système de compréhension, dinteraction, de communication, en vigueur ? Elle ne peut pas parler car la langue lui a été arrachée, elle ne peut pas entendre parce que les tympans lui ont été percés, elle ne peut pas voir car au lieu dyeux, il ny a que deux trous, elle ne peut pas toucher faute de mains ni marcher faute de jambes (Il faut ici noter que, dans lunivers sadien, elle demeure bel et bien en communication puisquelle est " accessible ", comme quoi le système " communicationnel ", orgiaque et rituel, de Sade dépasse les limites du nôtre Mais, ici on va suivre le point de vue de ce dernier puisquil constitue encore (en corps) notre situation contemporaine). Nest-ce pas à partir de cette existence indéfinissable car inimaginable quon doit penser le portrait / le visage ? Cest-à-dire, tenter de les penser à partir de notre " impensable ", notre " indescriptible " à partir desquels justement Sade pense et décrit son système ? Ne doit-on pas essayer de se pencher vers cet état dincommunicabilité définitif, dans lequel - à nos yeux, mais pas à ceux de Saint-Fond par exemple - se trouve la créature décrite ? Quest-ce qui se passe quand il ny a que les entrailles qui " marchent " ? Quand une existence devient toute intériorité ? Quand il ny a aucun moyen de communication ? La créature - nommons ça comme ça, mais gardons bien lembarras de linnommable en tête - , la créature donc ne peut pas communiquer avec le monde, qui lui est absolument extérieur. Elle ne peut pas parler, et même, si elle pouvait, elle nentendrait pas la réponse, ni ne verrait son signe éventuel, elle ne peut pas faire un geste et encore moins écrire, elle ne peut pas bouger de manière à inventer un code de communication corporel qui répondrait mais à quoi ?, ou qui ferait signe mais à qui ? La créature manque dinterface (si on oublie ces interfaces " sadiennes " ). Il ny a que la douleur, la faim, la soif qui lui sont transmissibles. Mais même face à des tels messages, sa seule transmissibilité à elle se délimiterait en quelques atroces grimaces ou en bruits de gorge incompréhensibles. Linput ne peut pas devenir output, loutput éventuel ne trouverait pas de canal de traduction et ainsi de suite hors communication, un système ni autopoïétique, ni allopoïétique et pourtant en vie Cet état quon peine à décrire, concernant la créature ou le système sadien, nest peut-être pas de lordre de notre vie pratique. La difficulté dans la description vient aussi de là. Cet état peu familier force néanmoins à sentir ou au moins à imaginer ce quil en est de cet ordre quon croit - dans un oubli essentiel établi à jamais ou une fois pour toutes. Car le bien quon appelle aujourdhui communication, sa possibilité, nest pas un donné ni un donné gratuit. Cest une organisation exclusive. Ces modèles communicationnels fonctionnent par exclusion, représentation minimale, réduction de tout ce qui circule à des sommes mesurables, cest-à-dire prévisibles, calculables. Cet autre strict minimum (carte didentité, n° de sécu, compte bancaire, CV, circuit en connexion, etc.) fait en sorte que ça marche Des ensembles de prothèses articulées et ordonnées afin que ça " marche " Entre ficta et facta, les noms-sans-visage, un incessant défilé, circule sur les écrans domestiques, remplit les bases administratives. Des données sans visage ? Mais, il était un temps peu lointain où les visages étaient eux-mêmes des données. La question en majuscule (" POURQUOI SERAIT-ON SURTOUT UN VISAGE ? " ) nappartient qu à ce temps -là parce que : Dans les document administratifs quon doit tous avoir afin de circuler / vivre dans la ville, plus personnelle que la photo, figure une série de chiffres (n° de passeport, de sécurité sociale, etc.) Dans un procès contemporain, le " DNA pattern " est plus déterminant que les traits du visage de laccusé qui peuvent passer " inaperçus ". Dans les cliniques de chirurgie esthétique, le visage se transforme en un autre ou en plusieurs autres " manufacturés " et sur commande (dans la limite de modèles, de techniques disponibles). On nest donc plus des visages. On lest peut-être toujours en ce qui concerne le corps (le visage en tant que ce qui ne fait pas partie du corps), mais on ne lest pas à légard des agencements de pouvoir (le visage devient secondaire vis-à-vis du contrôle). Ainsi, la question en majuscule demande toujours la même chose ; cest juste la bataille qui se passe ailleurs. Lindice qui sorganisait autour du visage bascule maintenant de plus en plus vers une organisation autour du nom et du numéro de série. Le visage nest plus le support premier du surcodage car la machine qui produisait visage et visagéification produit maintenant du surcode pur en direct. Si on suit Deleuze et Guattari, dans le premier système, la main, le sein, le vagin sont visagéifiés. Le visage (du Christ) surcode toutes les parties décodées. Dans le deuxième, pourtant, la main, le sein, le vagin sont surtout des " information patterns ". Dans le deuxième, le visage, et le cul, seront donc des " information patterns " parmi dautres. Le 01 surcodera tout ce qui peut être codé. Gènes &Cie à votre service. Lenjeu, du " point de vue " des singularités sans visage, reste celui de linvention dun non calculable, non mesurable, celui de lévénement et de linattendu qui donne à (s)imaginer autre chose. Là où les noms-sans-visage que nous sommes, scandent, supportent et soutiennent, la logique du calcul et du calculable dans un processus entamé, les singularités sans visage, à agencer, sont un projet sans projet à la fois daffirmation et de détournement de cette même logique. Les singularités sans visage ne sont pas des personnes ou des individus ni des communautés ; elles sont des résistances, trop locales ou trop minuscules pour quelles soient enregistrables, se produisant par des noms-sans-visage. Les noms-sans-visage sont des unités séparées, qui constituent un ensemble homogène, traitable, connu et accessible. Les singularités sans visage qui font bel et bien partie de cette base, en tant que noms, ne sont pas pour autant réductibles à un nom ni à un numéro. Ce sont des événements impersonnels, des devenirs collectifs ou extrêmement solitaires, des uvres qui se tissent sans signature, mais qui signent (voir Instantané II). Des murs écrits, des pages persos, des rencontres, des projets, des communautés inavouables, des métaphores inédites ou déplacées, des gestualités étranges, des mises en geste, des faits imperceptibles, cest-à-dire sans code bar ou avec un code bar inventé, métis, méconnaissable, intraitable, qui invente déjà des machines autres, des lectures, des décodages autres. Trop en parler, chercher à préciser serait vouloir prévoir, traiter, calculer ( Notes intempestives La langue, et surtout, le langage est déjà viral. Jean nattendait pas la deuxième guerre mondiale pour écrire lApocalypse Mais William Burroughs, jouant Jean, demande : " quest-ce qui fut au début, lintestin ou le ténia ? " question qui veut entre autres impliquer que le parasitisme est limitrophe de la vie. Lintériorité serait synonyme de lintrusion, de la colonisation ; pour ne pas avoir dextérieur, la créature sadienne serait aussi dépourvue de monde intérieur, ce qui semble répondre à la question concernant la capacité de lui imaginer un esprit. Car lidentité, cest un symptôme dinvasion parasitique, lexpression en " moi " de forces venant de lextérieur. Et ceci presque indépendamment du régime dinterconnexion en voie de généralisation : " language is a virus ". Ce qui veut dire aussi que le langage nest pas le seul virus. Le langage est à lesprit ce que la ténia est aux intestins (dun certain point de vue, on peut donc imaginer la créature sadienne en pleine santé ). Le langage nest quun virus parmi dautres. Il ny a pas de hors contamination (ce qui remplace plutôt bien le " il ny a pas de hors texte " derridien, peu hypermédiatique dailleurs ). Il ny a pas de hors contamination sauf dans le hors communication, et on a vu ce que cette envie de pureté ou de stérilisation implique (reste de le faire connaître aux responsables de la santé publique, médecins et autres ). À suivre Burroughs, " lensemble de la conscience humaine, féminine ou masculine, est à la base un mécanisme viral ". Le langage, la sexualité, toute forme de conscience sont ce que lécrivain appelle : " the human virus ". Nous sommes des virus parmi dautres. Nous naissons, nous faisons, nous produisons et nous nous reproduisons, nous mourrons ; nous sommes nos propres symptômes, mais ces symptômes, que nous sommes, sont aussi la seule preuve de notre existence. " Nous ", dans ce contexte, étant à la fois : nous - les " personnes ", nous - le langage, nous le réseau dinterconnexion, nous les symptômes et nous les virus. Tout cela nimplique pas pourtant un état daccord pacifique loin de là : la " vie " du virus est un combat qui dure aussi longtemps que cette " vie " . Ce schéma donne pourtant à imaginer lenvironnement de la pensée et la pensée de ce quaujourdhui on peut choisir de mettre sous le mot " cyberespace ". Ce qui est intéressant, cest que le virus lui-même nest jamais originel ou originaire. Il nest pas autonome ; il est même partiellement vivant ; il a toujours déjà besoin dun hôte. Il a toujours déjà besoin dun autre. Mais on est tous à la fois, et " moi " et " lautre " : Je est lintestin e(s)t la ténia. ) MAKING PATTERNS RHYME Revenons au surcodage du visage, du cul , de la main Pour sexprimer de manière stratégique (suivant K.N. Hayles), notre matérialité serait donc pénétrée de " information patterns ". (Des modèles, (motifs, modes, tendances, logiques) informationnels ? Peut-on traduire ça comma ça ? Notre perception culturelle en train de changer ) Quand on met dun côté le matériel et de lautre linformation, on suit un dualisme fort persistant qui sexprime sous ces termes (information matière) depuis la deuxième guerre mondiale, mais qui avait déjà depuis longtemps accompagné la vie occidentale (esprit matière, esprit chair, esprit Nature, etc.). Ce qui est fort stimulant cest que le pattern du pattern, le pattern à partir duquel le schéma " information matière " va être organisé, cest le gène. La biologie moléculaire a donné le mot dordre et depuis on doit simaginer un aller sans retour du pattern génétique vers des cellules obéissantes ; la matérialité de ce quon appelle " corps ", qui ne fait que " traduire " fidèlement cette structure qui lui préexiste. Et le gène créa mais qui créa le gène ? Platon peut-être : le monde des Idées, récupéré par une science en plein progrès rétroactif Sans gêne. Les métaphores dominantes dune métaphysique bien ancienne forgent les prémisses de la science contemporaine la plus " poussée ". Instantané IV : dans Libération (8 et 9. 09.2001), on pouvait lire linterview de deux biologistes mettant " en cause la théorie dominante de la génétique ". La première question que le journaliste leur adressait, indicative à plusieurs titres, était : " comment peut-on être biologistes, spécialistes de génétique des virus pour Pierre Sonigo et de lembryon pour Jean-Jacques Kupiec, et proclamer que la génétique se trompe, que les gènes tels quelle les conçoit nexistent pas ? ". Les explications commencent. Puis, cette phrase : "Un écosystème peut se révéler très compliqué et subtil. Et pourtant, il nest composé que déléments autonomes agissant chacun pour sa survie propre. De leurs interactions émerge lécosystème " forêt " ou " prairie " sans quil soit nécessaire dinvoquer un " programme ". Si lorganisme est une forêt, lhypothèse du programme génétique est tout simplement inutile " ( ) " lidée centrale est que les cellules se développent pour elles-mêmes ". Journaliste : " mes cellules de poumon ne sont donc pas là pour me permettre de vivre ? ". Réponse : " le poumon nexiste pas pour faire respirer lhomme, mais parce que les cellules qui le constituent nont rien dautre à faire pour vivre, obtenir de la nourriture et de lénergie, à lendroit où elles sont, que de se spécialiser en poumon ". ( ) Dernière question : " comment vos collègues prennent-ils vos idées ? ". " Notre idée implique quil faut rediriger les forces de la biologie vers les cellules ( ) ou de se rendre compte que la génétique a répété des schémas très anciens, hérités de Platon et dAristote, de manière largement inconsciente, alors quelle prétendait faire de la science pure. En outre, notre théorie détrône lindividu donc lhomme de sa place centrale dans la biologie. ( ) Nous ne sommes plus le résultat dun plan - hier divin, aujourdhui, génétique mais dune injonction des milliards de cellules qui nous constituent. ( ) cest terrible pour lego : lhomme nest même plus au centre de son propre univers intérieur. " Ce que les deux biologistes décrivent comme problématique et asphyxiant au sein de la génétique contemporaine, rappelle linvitation aux sciences cognitives (Seuil, 1989, 1996) de Fransisco Varela. LIntelligence Artificielle et le cognitivisme y sont décrits en tant que manières de penser le monde qui ont partie liée à une métaphysique très ancienne et aux métaphores dualistes quelle comporte. Varela au cours de son livre fait un geste double ; dune main il met en question les prémisses dualistes qui soutiennent les sciences cognitives dominantes, de lautre il montre et crée des nouvelles métaphores pour décrire un autre champ (par exemple, la vie artificielle non-computationnelle) . Tout comme la métaphore de la " forêt " de Sonigo, le " faire-émerger ", l" enaction " sont des propositions efficaces qui promettent un changement profond à la machine de vision qui/que constituent les sciences impliquées. Ces scientifiques qui diagnostiquent leur propre science se trouvent souvent face à des questions du type " comment peut-on être biologiste et proclamer que la génétique se trompe ". Dans le discours qui/que constitue une science, les marges dimprovisation, de confrontation, de résistance sont minimes. Dès quon interroge, on appartient plus. Ceci ne se limite pas à la science. Chaque fois quun titre est exigé en tant que permis-à-faire-quelque-chose, il est question de noms-sans-visage, de nom et de nommable. Si vous êtes artiste, vous ferez une uvre / si vous êtes biologiste, vous travaillerez sur les gènes / si vous êtes mécanicien, vous ne vous occuperez que des voitures / si vous êtes musicien que de la musique / si vous êtes philosophe, vous penserez, et ainsi de suite. La solution se trouve-t-elle du côté du transdisciplinaire ? Même pas. Ca serait comme ajouter des noms à la série de noms dans lespoir de ne plus être un nom-sans-visage. Quand des jeunes scientifiques de la Stanford Humanities Revue disent avec admiration à Heinz von Foerster (" mentor " de Varela) au cour dune interview que linterdisciplinarité est son expertise même, il réplique : " je ne sais pas où se trouve mon expertise ; mon expertise, cest : pas de disciplines. Je dirais quon doit se débarrasser des disciplines partout où on le peut. Les disciplines sont une excroissance de lacademia. Dans lacademia, on " nomme " quelquun et il doit être historien, physicien : il doit avoir un nom. Voilà un être humain : Joe Smith il a soudain une étiquette autour du coup ; biophysicien. Dorénavant, il doit vivre selon son étiquette et se débarrasser de tout ce qui ne relève pas de la biophysique ; sinon, on va se demander sil est vraiment biophysicien. Sil parle dastronomie, on va lui dire : eh, on ne sait pas trop ce que vous dites, ce nest pas vraiment votre domaine de compétence, ceci cest de lastronomie et il y en a un département par là ". Les disciplines sont un contrecoup de la situation institutionnelle. " Cette étiquette autour du coup qui nomme, nomme toujours des noms-sans-visage comme un second baptême bien plus contraignant que le premier qui devient de plus en plus facultatif. La reconnaissance, lappartenance se passe ailleurs Les résistances auxquelles on a fait allusion sous le nom vague de Singularités sans visage ont lieu partout où le message de létiquette est gribouillé, griffonné, déplacé, multiplié. Ce texte décrit les Singularités sans visage en tant que moments imperceptibles, non enregistrables. Pourtant, ce dernier détour vers la biologie et lépistémologie, veut ajouter que ce quon désigne comme mise en geste est un processus non exclusif, qui peut aussi sécrire, se publier, circuler de façon tout à fait perceptible. La mise en geste peut devenir une mise en scène quand cest la scène elle-même qui est mise en geste. Limportant cest que le processus garde avec limperceptible, lanonyme, limpersonnel une profonde complicité qui le motive à dépasser létanchéité des schémas dans lesquels il se produit. Devenir fôret, devenir cul/visage, devenir interface. Lespace strié que se veut la science se laisse parfois divertir en espace lisse. Cela sappelle association complice didées, de désirs et de projets, et cela sappelle " faire ". Art. Arts de faire. SHOCKING Les personnes interfacées que nous sommes dans ce régime dinterconnexion en voie de généralisation nont pas besoin de visage pour sintroduire. Ils simmiscent partout où il y a accès. Ils accèdent comme des intrus mais sont les bienvenus : cest la définition même de l " accessibilité ". " Accessible " est un autre mot pour facile. Laccès comme solution. Qui en a envie ? " Accessibilité " : en un premier temps le mot implique un sujet isolé X face à lexistence des barrières, dun espace clos, dune information bien gardée en un second temps le mot promet au sujet X laccès à cette information par le dépassement de barrières. L" accessible " serait donc antinomique au "viral". Selon la conscience virale, il ny a pas disolation possible dun sujet X eu égard à une information Y. Dans un système où prédomine la vision, le visage est l " accessible ". Il re-présente lindividu quil garde, par le même geste, inaccessible. Le visage résume visuellement un " être ", quil garde à labri de sa propre corporéité et de celle des autres. Dans un système où prédomine le code, le nom est l " accessible ". Il re-présente la singularité quil veut, par le même geste, garder sous le nom qui la rend accessible. Le nom résume en codant un " être ", quil garde à labri de sa propre corporéité et de celle des autres. Pour la conscience virale l" accessibilité " nexiste pas. Les singularités ne sont pas accessibles ; elles sentrecontaminent, ce qui veut dire : elles sont en interfaçage ré-actualisable mais ininterrompue. Les singularités nont pas de visages ni de noms ; elles (s)ont des interfaces. En fait, elles virtualisent et actualisent des " devenir interface ". Devenir interface, cest affirmer que : Je est lintestin e(s)t la ténia. " Devenir interface " dit aussi " devenir interfacé ". Logique denvoi, de passage, et, en même temps, de réceptacle. Connectique multipliante. Sade proposait des combinaisons des corps, une connectique extrêmement compliquée, réitérable, variable, contre lisolation du corps individuel (indivisible). Les gravures qui accompagnent son écriture ne sont pas des portraits, mais des catalogues. Sil préfère le cul au visage, cest parce que ce dernier représente lin-dividu, le hors communication et le hors contamination du sujet indivisible des Lumières. Sil préfère le cul au visage, cest parce que ce premier augmente les possibilités de combinaison des corps, multiplie les points de connexion, ajoute des entrées et des sorties, élargit le champ des possibles. FROM THE TAPE III (troisième dialogue parasitaire)
- Le méconnaissable comme rencontre.
- La contingence de la rencontre.
- On poursuit cette contingence jusquà la complicité que sont les liens.
Instantané V : le soleil brille toute chose
en transparence. Deux cyborgs gibsonniens font lamour sous le toît
dun abribus. |