© 2007 Grégory

Auteurs

On connaît cette vieille polémique de la mort de l’auteur et la persistance de la croyance doxatique en un auteur créateur s’exprimant par l’intermédiaire d’une matière à laquelle il donne forme. Nous ne la thématiserons pas à la suite des théories françaises post-structuralistes, théories qui nous semblent encore aujourd’hui d’un grand intérêt. Nous questionnerons le fait que cette disparition de l’auteur véçue par « nous » (mais qui est ce nous au juste?) n’est pas un problème personnel mais social. La mort de l’auteur ne nous pose en fait aucun problème, elle n’est pas même une question et si elle l’est c’est futilement dans une discussion vaine de salon. On peut donc à peine parler d’une mort. La production artistique ne nous a jamais semblé, aussi loin qu’on s’en rappelle, une question d’expression de soi, de développement personel, de réalisation individuelle, mais simplement comme une activité, rien de plus, activité tantôt arbitraire et protocolaire, tantôt nécessaire, tantôt ludique, aux règles multiples et qui se déplacent selon des lignes de fuite temporaire. Mais cette « mort » reste une question sociale car si de nombreux artistes semblent tenir un discours clair sur ce point, dans la réalité de l’activité il en va tout autrement. Les projets de collaboration échouent souvent, pas toujours (cf avec Reynald Drouhin qui est justement un artiste qui questionne le réseau, le flux, la perte des frontières et des limites assurées), parce qu’il est question d’ego et que « nous » ne comprenons décidément pas ce jeu. Des projets s’arrêtent parce que déjà engagé dans la réflexion un des deux artistes décident de faire machine arrière estimant qu’il ne se retrouve pas dans le travail, qu’il ne pourra pas porter sa signature, qu’il n’aura pas son nom. Tout ceci suppose qu’on sait ce qu’est un nom, ce qu’est une signature, ce qu’on est soi-même pour soi-même et pour les autres. Le langage est souvent calme, le corps producteur agité de reflux infantiles. Sans doute est-ce la l’intelligence de Sophie Calle que d’avoir accepté/demandé à Daniel Buren, justement à lui, d’être le commissaire de son exposition à la prochaine Biennale, histoire de se perdre un peu plus dans cette question d’identité, de ne plus savoir, de ne plus vouloir savoir par quel bout on prend cette question et de jouer de ce milieu, l’art, qui ridiculement ne cesse de brandir l’idéal de l’ego pour justifier ses activités. Ce n’est pas dire là qu’avec certaines pratiques, qui ne sont d’ailleurs pas exclusivement celles du réseau, il n’y a plus personne puisqu’il n’y a plus d’auteur. L’auteur n’aura été que le nom temporaire d’une activité tout aussi temporaire. L’absence d’auteur ne signifie en rien l’absence d’un corps, ici et maintenant, événement infime dans la pluie du cosmos, mais simplement la disparition d’un corps qui croit exister dans le dévoilement d’une vérité, d’un corps qui croit connaître ce qui est lui et ce qui n’est pas lui, ses frontières et ses contours, précisément. Il y a tout un jeu pour d’autres corps, d’autres rencontres, d’autres hasards que cet auteur qui croit s’exprimer (de l’intériorité à l’extériorité). Repérer les pratiques (nombreuses) qui déjouent l’auteur, qui ne procèdent pas, plus de cet a priori.

2 Comments

  1. Posted 2 janvier 2007 at 10:16 | #

    est-ce que la question n’est pas celle du singulier à l’universel, plutôt que celle de l’intériorité et de l’extériorité (biaisée d’avance, voir inexistante). Les grands auteursartistes sont des prismes ou des mediums, pas autre chose. Ils disparaissent dans l’oeuvre. Le nom importe peu.

    Louis calaferte : « il faudrait que les écrivains publient des livres sans nom d’auteur ».

    Qui est l’auteur de nos rêves ?

  2. Posted 2 janvier 2007 at 10:50 | #

    Je suis bien d’accord seulement le contexte de réception du travail est encore surdéterminé par une conception romantique qui valorise l’oeuvre comme expression d’une singularité (si possible géniale). La persistance de cette conception dépassée depuis longtemps par les réalités des pratiques artistiques ne va pas sans conséquence sur certaines comportements. Je ne fais que pointer cette survivance…
    Quant à l.auteur de nos rêves… il faudrait vraiment que tu vois Hollow Men de Chris Marker, c’est vraiment sur cela, sur ce livre que tu m’as envoyé je crois…

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