on sait que depuis le début de la philosophie antique grecque, depuis le débat entre Socrate et Platon, depuis ce débat muet,il y a comme une contradiction entre la parole et l’écrit. L’écrit n’a pu émerger que de la disparition de l’oral. Et pourtant les deux sont inextricablement liés. Il n’y a pas d’écriture sans paroles préalables, et l’écriture produit de nombreuses paroles, des interprétations en tous genres.
C’est cette étrange discussion entre Socrate et Platon, mais a-t-elle jamais eu lieu, c’est ce silence et ses distances dans les Lois, silence et distance de l’étranger. Alors que penser des nouvelles conditions d’écriture et d’énonciation? Comment imaginer que ces mots que vous êtes en train de lire n’ont été que dit?comment concevoir cet échange entre ma parole dictée à l’ordinateur et ces mots écrits par l’ordinateur ?c’est toute la relation entre celui qui parle et celui qui entend, celui qui parle et celui qui écrit. C’est la question de la dictée. Qui dicte ? Et au nom de quoi ? Qui écrit quand ce qui écrit a été dicté ?
Mon blog sera donc à présent non pas écrit mais dicté, dicté à l’ordinateur, lu par vous, et l’écriture dans tout ça,elle pourra être lue mais elle n’aura pas été écrite, pas écrite comme Heidegger aurait voulu que l’écriture ait lieu.Non seulement avec une seule main, pas les deux mains de la machine à écrire. Mais encore,plus de main,seulement la voix, la parole, cette chose insupportable pour l’idéalité de l’écriture. Mon blog ne sera plus qu’une dictée. Que lirez-vous?

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L’oral n’est jamais tenu à l’écart de l’écrit. En dictant à un logiciel de reconnaissance vocale un texte, on doit encore le reprendre par écrit pour corriger certaines fautes.
Comment les fonctions orale et manuelle se sont-elles liées de façon si inextricables au cours du temps? Quelle influence a cette inextricabilité sur les ars visuels?
Il y a tout un ensemble de travaux sur les erreurs de ces logiciels, par exemple en l’appliquant au babillage d’un enfant. L’art contemporain (Duchamp et Warhol en particulier) ne consiste-t-il pas dans un défaut de langage (ce qui donnera au langage une place prépondérante bien éloignée de la naturalité visuelle de l’idéologie romantique)? En revisitant ces deux artistes, on aperçoit une articulation particulière entre l’image manuelle et le langage oral.