Depuis toi il y a eu peu de choses, quelques rencontres hasardeuses, de faux-espoirs défaits à peine espérés, un peu de corps entrelacés, mais finalement pas grand chose.
Depuis toi ce texte déposé sur l’épiderme du réseau, au hasard.
Depuis toi ce qui ne sera pas lu par toi.
Tu avais pu me reprocher, sans le dire, mon refus de changer, de m’aliéner à ta souffrance, je veux dire: tu étais désespérée et je savais combien profonde et dangereuse était cette souffrance, je t’ai seulement entendu et j’ai refusé coûte que coûte, jusqu’à notre séparation, d’aller un pas encore en avant. Quel pas? Devenir autre pour accompagner ta souffrance, pour aller au-delà de la simple écoute compatissante.
J’ai refusé de franchir le pas au-delà de l’intropathie et d’une certaine manière j’ai volontairement refusé de t’accorder un statut hors norme. Tu n’étais pas exceptionnelle pour moi, tu étais simplement humaine parmi les humains. Tu n’as jamais compris cela je crois. Mais je ne suis venu qu’avec moi, je n’avais que cela à te proposer, rien d’autre. Je croyais que c’était une marque d’amour que de venir dans un tel dénuement, mais tu as pris simplement cela pour de l’égocentrisme alors même que ce qui me touchait en toi ce n’était pas toi, pas tes caractéristiques identitaires, mais cet anonymat qui te traverse. Le mien, d’anonymat, ne t’a pas plus affecté de cela. Et on pourrait dire que nous ne nous sommes pas rencontrés au bon moment comme si l’amour était le fruit de l’espace et que la séparation était celui du temps, que j’étais épanoui (tu ne sais combien c’était étrange que d’être heureux à côté de quelqu’un de malheureux comme toi), toi souffrante d’une adolescence encore perdurante, que nous n’avions pas le même dénuement, moi avec moi et toi en l’absence de toi, dans ce creux qui t’angoissait jour après jour.
Pas le même âge, pas le même temps même si nous partagions, tu le sais bien, de nombreux espaces.
