02 jan

L’esthétique nostalgique et platonicienne de l’ASCII

De plus en plus de travaux, à la suite de Vuk Cosic, utilisent le code ASCII pour les images. La transformation entre l’image et l’alpha-numérique est simple, de nombreux logiciels sont disponibles. On peut s’interroger sur le sens de cet usage massif dans le champ artistique. En effet le code ASCII servait dans les années 70 aux images car les ordinateurs n’avaient pas la capacité d’afficher des pixels pour représenter des images, ils ne savaient traiter que des chiffres et des lettres. Il va de soi qu’aujourd’hui ce n’est plus le cas.

L’usage de l’ASCII représente donc un effet de style non-fonctionnel et nostalgique. Cette archéologie esthétique n’a d’autre intérêt que de ramener l’informatique à une strate passée et de nous faire comprendre qu’elle n’est pas toujours déjà jetée vers l’avenir, qu’elle a une histoire, une géologie.

Toutefois, comme souvent avec la nostalgie, il y a une structure impensée qu’il s’agit de déconstruire. Et c’est toujours le même impensé qui est en jeu, car derrière l’effet de style un peu facile et si aisé à théoriser (la relation figurale entre l’image et le texte, la traductibilité généralisée du code, etc.), il y a une conceptualisation platonicienne de l’image. Cette dernière n’aurait de valeur que parce qu’elle est toujours déjà codifié par des signes langagiers. Ceux-ci ne sont pas des Formes Idéales, mais sont un terme moyen entre les percepts et l’idéalité, un accès vers cette dernière. Une image est moins effrayante quand elle est lisible. L’esthétique ASCII est-elle capable de rendre compte de ces images qui inquiètent la division même entre le visible et le lisible? Comment peut-elle échapper au lieu commun, à l’effet de style (et le style est souvent une affaire de cliché plutôt que de singularité) qu’elle est?

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