© 2005 Grégory

Rois et Reines

« Rois et reines » est une sorte de symptôme. La mise en scène est fluide, les acteurs « remarquables », certaines scènes sont amusantes, mais peu importe car ce qui se dit dans ce film est contestable. Le cinéma a toujours été, d’une façon déclarée ou pas, une machine idéologique, et l’idéologie développée ici est proche de celle d’Amélie Poulain. On a bien sûr de nombreuses références cinématographiques, les Enchainés pour la scène de la cave, Nouvelle vague pour l’aéroport, Vol au dessus d’un nid de coucou pour le lit dans l’hopital, mais ce côté bon élève d’une école de cinéma ne doit pas nous cacher:

1/ la répartition home-femme, artiste-mère relativement mysogine.

2/ la valorisation de la sécurité matérielle.

3/ cette étrange scène de l’épicerie où des jeunes, puisqu’ils sont jeunes, vont braquer un magasin et où la seule réaction valable est l’auto-défense du père.

4/ la fin très didactique, du genre explication de texte, qui assène des banalités: « le passé c’est le présent de la mémoire », « il ne faut pas trop aimer sa maman », « les adultes et les enfants ce n’est pas la même chose », « l’imagination c’est bien mais cela peut mener à la solitude », etc.

5/ un retour à l’ordre et à l’autorité: la théorie du coup de pied au cul.

Il y a aurait tant et tant de choses à remarquer: la scène, assez belle, où le père pleure et où le réalisateur ne peut s’empêcher de s’approcher en un lent travelling, Deneuve prenant la main de Devos scène du petit cinéma français, la Reine adoubant la Princesse. Mais c’est surtout sur le thème de la famille (recomposée) que le film témoigne de la plus grande réaction. Obsession de la filiation, de l’origine, de l’héritage par adoption (on adopte le cousin mais pas le dealer). Les prolétaires ne sont montrés que comme des malfrats. Les autres appartiennent à la classe petite ou grande bourgeoise (quelle belle voiture mini!). Le public qui va voir le film s’y retrouve, mais les autres, tous les autres? Finalement le réalisateur enfile les clichés de la presse grand public sur la famille recomposée, sur la sécurité, sur la remise en cause de l’héritage de 68, sur les nouveaux gourous de la psychanalyse, etc. Il suffirait de prendre depuis 2-3 ans les unes du Nouvel Obs et de les associer à chaque scène du film, on obtiendrait un parfait décalque.

Post a Comment

Your email is never published nor shared. Required fields are marked *

*
*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>