03 déc 2005

Crise de la représentation, crise de l’action

On peut se représenter le cerveau comme produisant des représentations à la manière de la tradition philosophique. Mais on peut aussi, à la manière de Bergson, penser qu’il a d’abord comme fonction de produire de l’action à partir de perceptions, ceci par l’intermédiaire d’un délai, d’un intervalle, temporalité qui va produire quelque chose.

En appliquant ce schéma aux émeutes urbaines, qui ont valeur de symptôme qu’il faut tenter d’écouter avant, comme c’est le cas actuellement, tout jugement moral, on pourrait dépasser les lieux communs de certains “penseurs” actuels qui ne cessent de hurler la crise de la représentation. Ces “jeunes” seraient en crise, crise de la représentation. N’en ayant plus, de représentation, cette masse informe et dangereuse (on retrouve la matière sans forme qui portant toutes les virtualités apparaît comme dangreuse) se déchaînerait absurdement par un sentiment de mort, d’autodestruction à la manière des phénomènes décrits par Freud dans “Malaise…”.

On entend déjà certains nous parler de narcissisme primordial défait à cause de la publicité, du consémurisme, de la synchronisation des consciences, de la marchandisation de tout et de n’importe quoi. Indépendamment du fait que cette approche serait pour le moins un cliché et ne nous permettrait pas d’approcher ces phénomènes de façon problématique, cette crise de la représentation est la manière dont l’Occident depuis… (depuis combien de temps au fait?) représente ses pulsations, ses instabilités, ses crises. Et ce discours aujourd’hui nous semble nostalogique car il finit toujours par en appeler à un sursaut de représentation: sursaut du politique qui devrait reprendre en main tout cela, sursaut de la société civile qui devrait rééquilibrer la balance, sursaut des parents qui devraient dresser leurs enfants comme à l’époque ancienne, etc. Ce sursaut est une structure nostalgique, il se fonde sur l’idée d’un retour à une situation passée qui aurait été stable. Manière encore de ne pas entendre le symptôme comme symptôme, c’est-à-dire dans son informe même.

Ne parlons plus de “crise” qui, on le sait en Occident, fait souvent résonner la nostalgie d’une relève, d’un tournant à venir, non plus que de représentation. Parlons de nouveaux dispositifs d’action et interrogeons-nous pour savoir: Quelles sont les actions? Quels sont les délais qui ont configurés ces actions? Quelles sont les perceptions qui ont induits ses délais? Bref quel est le réseau (et non la causalité) qui va du monde à des actions, furent-elles violentes. On analysera ainsi le capitalisme de l’accès comme modalité radicale de frustration, le délai télévisuel (haine des médias et des journalistes dans les banlieues car ils détiennent non pas la représentation mais le délai) comme pouvoir anxiogène. Pour prendre un exemple, le téléphone portable: on vous offre le téléphone (l’objet) pour vous vendre l’abdonnement. Capitalisme de l’accès ne s’intéresse pas à la vente d’objets mais à la disponibilité de l’abonné qui devient captif pendant 24/48 mois. Quelle est cette nouvelle configuration? Quelle frustration entraîne-t-elle? Quelle action?

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