Il ne désirait aucune guérison.
Il n’avait aucun moyen pour jeter un regard sur son existence passée et se raconter une petite histoire rassurante, cette odeur, l’histoire d’un parcours avec ses anecdotes et péripéties, avec ses arrêts et ses recommencements, avec ses répétitions et ses raisons. Il ne voulait plus de bonne conscience, plus de mélancolie non plus. Seulement être jeté dans la rue au milieu des hommes et marcher.
Chaque fois qu’il traversait un parking, il savait qu’il allait oublier toutes ces raisons qu’on se donne habituellement pour survivre et se tenir avec soi. Parfois il avait envie de se joeur ce tour là, parfois pas. Il savait qu’il ne lui resterait plus qu’une image, cette photographie que quelqu’un, peut-être lui, lui avait laissé dans la poche. Jamais il ne la perdrait. Cette photographie au réveil de sa mémoire lui dirait quelque chose, un air de famille, mais elle ne lui servirait pas de justification pour marcher.
Il voyait une lumière dans un appartement. Il ne se souviendra pas de cette lumière. Il entrait dans l’immeuble. Il ne se souviendra pas l’immeuble. Un long corridor avec une moquette à l’odeur de chat. Il ne se souviendra ni du corridor ni de cette odeur. Une porte entreouverte pousée du bout des doigts. Il ne se souviendra pas de la porte. Un salon avec la télévision, le sofa, une petite table. Il ne se souviendra pas du salon et des meubles. La chambre et juste au fond la salle de bain. Il ne se souviendra pas de la chambre. Il verra la salle de bain, sans s’en souvenir il sera attirée par elle. Et puis.
Toujours: l’absence du corps, le sang dans le bain dilué à de l’eau, rempli à ras bord, quelques gouttes sombres collées au mur de faience. Toujours le blanc et le silence à ce moment précis. Toujours cette photographie touchée du bout des doigts. Toujours: partir avant que quelqu’un ne le découvre.