03 juil

Mémoires d’une translation

L’homme marche dans la ville. Lorsqu’il croise du regard un parking d’échange de mémoire. Tout se passe comme si les parkings et extérieurs servaient de séparation dans la ville. Alors parfois il s’arrête dans un parking, il discute avec le gardien ou avec un conducteur reprenant ou laissant son véhicule. Encore un pas et il sait que sa mémoire changera et qu’il se souviendra alors seulement de cet oubli. L’homme et du côté de l’anglais, du côté du Saint-Laurent car dans ce quartier d’affaires il y a beaucoup de parking. La femme entend les voix des gens qui ont touché des objets en les touchant à son tour. Elle y glisse le doigt le long des murs pour entendre ce grondement sourd des voix entremêlées, comme un murmure : répéter deux fois un mur, le toucher une deuxième fois. Elle est du côté du français. Elle cherche la voix de l’homme partout. Sur les murs des rues trop de voix comme si elle entendait la rue à travers les âges. Les rues des impasses, moins de voix mais pourquoi aurait-il été la ? Parfois elle surprend d’autre voix encore, des voix venant des expéditions spatiales de la NASA. Il s’agit pour elle de trouver un objet intact, un objet, le seul, qui porte la voix de l’homme et seulement sa voix. La femme a rêvent de la surface lunaire, de ses silences, de cette absence de gravité, où rien n’a été touché intact : la mer du silence. L’homme lui ne rêve pas, il est insomniaque. Peut-être passe-t-il ses nuits sur les parkings pour tenter de se souvenir de ses rêves. Quand elle est partie, elle ne jeta aucun regard au dehors. Ses yeux étaient comme retourner sur eux-mêmes, pensif et sans pensée, sans tourment, sans doute. Elle partit sans savoir qu’elle quittait, elle allait ailleurs et je n’étais plus là. . À mesure que les secondes s’additionnaient je me rendais compte de ce qui arrivait, elle n’a pas du tout.

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