Lost Highway, un film sur la mémoire de la psyché, vient vous hanter. Le cinéma est projection et hantise, occultation et réminiscence. Il y est question d’identité(s) et d’un temps hors de ses gonds. Le spectateur décide de hanter le film.
On reprend les deux parties du film, on les monte dans l’espace de l’écran, en haut Fred Madison en bas Pete Dayton. On construit à partir du langage minimum de la souris (rollover, rollout, onclic, onrelease) c’est-à-dire de la main, un mode de lecture et de pause entre ces deux espaces qui ne seront jamais synchronisés. Lorsque l’un est en lecture, l’autre est en pause, et lorsqu’on croit pouvoir les faire avancer ce n’est que par saccades irrégulières ou une attention tendue (onclic).
La lecture n’est pas machinique mais langagière, langage de la main de l’utilisateur, langage de la voix, langage du flux dont dépend le chargement des séquences. Ailleurs un texte, qui pourrait être le scénario ou le sous-titrage en français du film anglophone, n’est visible qu’à la hauteur de la voix du lecteur. La lisibilité du texte est suspendue à la possibilité d’une autre voix, d’un autre soliloque: que dira-t-on pour lire? Le texte ou tout autre chose en rendant impossible la lecture? Et ouvrir un livre, le lire à voix basse n’est-ce pas aussi dissocier son sens intime à la façon de Lost Highway?

