A partir de la net.installation Sampling Robbe-Grillet, une installation spatiale réagissant à la voix des spectateurs.
La lecture fonctionne sur un escamotage entre la voix de l’auteur (ce qui est écrit) et ma voix intérieure. Lorsque je lis un livre, je le lis avec ma voix silencieuse. La voix de l’auteur devient familière (intérieure), ma voix devient étrangère. La lecture est entre ces deux voix.
Le spectateur entre dans une salle obscure. Une petite lumière indique la présence d’un microphone. Le spectateur s’approche du microphone et commence à parler pour voir si quelque chose se passe. Sa voix déclenche de violents flash de lumière et fait apparaître des mots. Ces mots s’enchainent et construisent des phrases, un livre entier qui est à chaque fois différent. Pour lire le texte le spectateur doit parler, sa voix et celle de « l’auteur » se mélangent, elles se synchronisent et de désynchronisent. Quelle est la relation entre la parole et l’écriture?
« L’auto-affection comme opération de la voix supposait qu’une différence pure vînt diviser la présence à soi. C’est dans cette différence pure que s’enracine la possibilité de tout ce qu’on croit pouvoir exclure de l’auto-affection : l’espace, le dehors, le monde, le corps, etc. Dès qu’on admet que l’auto-affection est la condition de la présence à soi, aucune réduction transcendantale pure n’est possible. Mais il faut passer par elle pour ressaisir la différence au plus proche d’elle-même : non pas de son identité, ni de sa pureté, ni de son origine. Elle n’en a pas. Mais du mouvement de la différance.
Ce mouvement de la différance ne survient pas à un sujet transcen- dantal. Il le produit. L’auto-affection n’est pas une modalité d’expé- rience caractérisant un étant qui serait déjà lui-même (autos). Elle produit le même comme rapport à soi dans la différence d’avec soi, le même comme le non-identique. »
(La Voix et le Phénomène, Jacques Derrida, PUF, 1967, p.92)
« Cependant, ce n’est qu’autant que l’homme parle qu’il pense et non l’inverse, comme la Métaphysique le croit encore. »
(Qu’appelle-t-on penser?, Martin Heidegger, PUF, 1959, p.90)