Comme prévu la dénégation fut complète. Comment pouvait-il en être autrement?
Comme prévu elle opposa à ce qu’elle avait dit et que je rapportais, mon ton interprété par elle, interprétation par définition hasardeuse. Comme prévu il y eu un différend irréconciliable, des régimes de phrases différents. Et puis le désir de me donner une mauvaise conscience pour ce que j’avais fait, ô combien terrible que de simplement aimer. Elle parle de « tabou absolu » avec assurance sans se rendre compte du déplacement qu’elle effectue. Le tabou absolu est en effet celui de l’inceste (Claude Lévi-Strauss), ce dont elle parle ne l’est ni anthropologiqment ni ethnologiquement ni même dans aucun droit.
Amusement de voir quelqu’un absolutiser quelque chose qui la gêne: sa meilleure amie et son ancien amant, c’était déjà fini depuis quelques temps, tombent amoureux. Sans doute est-ce désagréable pour son ego, mais de là à parler de tabou absolu, c’est-à-dire de quelque chose qu’on peut considérer comme une déviance, il y a là une subtilité conceptuelle que j’ai du mal à saisir. Mais cela rejoint cette tentative de mise à place de régimes hétérogènes: d’un côté le trauma le plus profond pour un enfant de l’autre le petit choc d’un adulte de se rendre compte que l’homme qu’elle a laissé tomber est tombé amoureux d’une amie.
« Ce qui est terrible c’est que tout le monde à des bonnes raisons. » (Renoir) Ne se fier à aucune de ces raisons, pas même aux siennes. Savoir que la mémoire de chaque existence, mémoire des mots ou mémoire des tonalités (Stimmung) est irréconciliable. Aimer cette solidarité grise entre nos absences.
