Mots-clés: outils, instruments, techniques, technologies et langage.
Textes: Martin Heidegger, La question de la technique in Essais et conférences, Gallimard, 1980. Oeuvres: Bill Viola, Information (1973).
Questions: Peut-on utiliser les technologies numériques? S’agit-il simplement d’instruments au sens instrumental? Quelle est la relation entre technologies et langages dans le numérique? Que faire des incidents, bugs, accidents dans le champ artistique? Technique et technologies sont-elles la même chose? « Comment les programmes peuvent-ils engendrer de l’indétermination, de l’improbable et de l’improgrammable? Répondre à ces questions suppose que soit développée une esthétique. » (Stiegler Bernard)
INTRODUCTION Technique: « propre d’un art, qui appartient à un art. Les procédés techniques », mais aussi « la partie matérielle d’un art », « l’ensemble des procédés d’un art, d’une fabrication » (Littré). • Le texte oublié • Le Fresnoy en panne • La pauvreté de l’œuvre 1/ L’INSTRUMENTALITÉ • La critique de l’hégémonie de l’éthique instrumentale • La quadruple causalité et l’extériorité de la causalitér technique • La causalité technique comme production et dévoilement • La provocation anticipatrice et le fonds « la technique moderne ne se borne plus à des aménagements isolés de notre environnement, elle n’est plus enracinée dans le monde naturel. Au contraire, elle insère le monde naturel dans un réseau singulier de relations, où elle transforme les objets de ce monde (ainsi que ceux pris en vue par les conceptions antérieures de la «nature») en simples objets d’un commettre qui ne se soucie exclusivement que d’en obtenir un rendement. Ce rendement est à son tour commis à autre chose, les commissions renvoient les unes aux autres, si bien que tout, la réalité tout entière est emprisonnée, embrayée dans leur réseau. » 2/ LES PANNES La vacuité, la pauvreté Instrumentalité et fonctionnalité (la panne, p.43): l’instrumentalité incidentelle « l’artiste est le maître des objets; il intègre dans son art des objets cassés, brûlés, détraqués pour les rendre au régime des machines désirantes dont le détraquement fait partie du fonctionnement même.» Gilles Deleuze et Félix Guattari, op. cit., p. 39 • L’innovation permanente ou l’histoire en panne • Le passe-temps et l’ennui (concepts fondamentaux, p.145 et suivantes) • La panne, information • En panne, l’exposition • Parasitage entre le fonctionnel et l’inutilisable, l’Autre, Stelarc • Disjonction, Der Wald (entre espace et interface de navigation, pas de causa finalis), Jodi (entre affichage et contexte), Revenances (entre contexte et navigation) • Réseau instrumental, Internet (ramène la technique du côté de la matière, de la phusis car enlève la causa finalis et révèle la causa materialis), bug de l’an 2000. « L’outil est endommagé, le matériau inapproprié, etc. En frappant ainsi l’attention (Auffälligkeit), l’ustensile à-portée-de-main se donne comme n’étant plus tout à fait à-portée-de-main mais déjà devant-la-main, glisse d’un mode de présence à l’autre. L’être devant-la-main commence à apparaître quand l’être à-portée-de-main commence à disparaître et inversement (…) Un seul ustensile manque et tout devient inutile (…) Obstruction (Aufsässigkeit). » « les dysfonctionnements de la batterie d’ustensiles découvrent l’être devant-la-main et l’être-à-portée-de-main comme tels (…) Dans une perturbation du renvoi, dans l’être-inemployable-à…, le renvoi devient explicite (…) La rupture de la connexion référentielle annonce au Dasein le lieu natif de son séjour et fait comprendre pourquoi le retrait du monde est nécessaire à la bonne marche de la préoccupation. » L’être-inemployable-à suppose encore une Instrumentalité mais sans possibilité d’emploi, il y a encore là la persistance dans l’absence de fonctionnement. • OUT OF ORDER, poids mort, indifférence (panne, p.73) 3/ TECHNIQUE ET TECHNOLOGIES • L’impensé de la technique • L’essence est modifiée par la technique (Platon, exactitude de la visée) • Singularité technique (main) et pluralité technologique • La technique et le logos • La causalité technologique est-elle simplement externe (panne, p.45) L’AMBIGUITÉ DES TECHNOLOGIES La panne comme finitude (et angoisse). « il ne s’agit plus de confronter l’homme et la machine pour évaluer les correspondances, les prolongements, les substitutions possibles ou impossibles de l’un et l’autre, mais de les faire communiquer tous deux pour montrer comment l’homme fait pièce avec la machine. L’autre chose peut être un outil, ou même un animal, ou d’autres hommes. Ce n’est pourtant pas par métaphore qu’on parle de machine : l’homme fait machine dès que ce caractère est communiqué par récurrence à l’ensemble dont il fait partie dans des conditions bien déterminées. » Gilles Deleuze et Félix Guattari, op. cit, p. 464, Minuit « un instrument inconnu dont on n’aurait pas eu l’emploi (…) qui ne se prêtait à rien, qui se défendait, se refusait au service et à la communication. En elle quelque chose d’atterré, de pétrifié. Elle eût pu faire songer à un moteur arrêté. » Henri Michaux, Les grandes épreuves de l’esprit, pp. 156-157, Gallimard, 1966 « plus nous questionnons en considérant l’essence de la technique et plus l’essence de l’art devient mystérieuse. » (Martin Heidegger, La question de la technique in Essais et conférences, p. 48, Gallimard, 1980) La technique « n’était pas la seule à porter le nom de tekhnè. Autrefois tekhnè désignait aussi ce dévoilement qui pro-duit la vérité dans l’éclat de ce qui paraît. Autrefois tekhné désignait aussi la pro-duction du vrai dans le beau. La poésis des beaux-arts s’appelait aussi tekhnè. » (Martin Heidegger, La question de la technique in Essais et conférences, p. 46, Gallimard, 1980)