05 fév

Production et création (Franck Scurti)

Lorsque j’ai commencé à travailler, on m’invitait à des expos et je répondais par des projets. Je me suis rendu compte que pour beaucoup d’artistes, s’il n’y a pas d’exposition et bien il n’y a pas d’œuvre! La logique de la réponse conditionne la production des œuvres mais également la visibilité de l’artiste, car elle permet la reconnaissance de son travail plus rapidement. Il y a une sorte de protocole: tu es invité à une exposition, puis on aborde les conditions de production, alors tu sais que tu vas avoir de l’argent pour produire, et au final tu fais une proposition qui correspond à cette somme. S’il y a une thématique, comme souvent pour ce genre d’expo, alors tu réponds aussi au thème. C’est un peu déprimant, non? Cela aboutit souvent à des propositions mineures.
Ce n’est pas que les artistes soient mauvais, c’est qu’ils n’ont plus le temps! La durée des expositions et de mise en circulation des œuvres est de plus en plus courte (entre 3 et 6 mois) et cela a un impact considérable sur le temps de production des œuvres. Cela fait déjà quelques années que j’ai modifié ma façon de travailler, que j’essaie de rentrer dans une économie de travail quotidienne sans vraiment attendre qu’on me propose quelque chose.
C’est assez classique comme méthode de travail, mais dans le contexte actuel cela peut en surprendre quelques-uns. Soumettre l’artiste à des coûts de production, à des demandes de projets, correspond à une tentative de normalisation de la production artistique. Un projet est toujours soumis à un commanditaire, à la personne ou à l’institution qui va le financer. Il va être discuté, modifié, renégocié. Cela peut être dangereux pour l’œuvre car il peut arriver qu’au final on soit très loin de l’idée initiale. Il m’arrive de proposer des idées qui trouvent peu d’écho car les gens sont souvent gênés, tu bouleverses leur programme! (rires). Lorsque je crée une œuvre, je refuse de la modifier ensuite pour un contexte. Si on ne peut pas la montrer et bien je la montrerai ailleurs!
Aujourd’hui j’ai parfois l’impression que l’on ne crée plus, mais qu’on produit; pourtant avant un produit il y a toujours une création. Il ne faut pas prendre les devis de production pour des concepts!

(in Paris Arts)

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