ce matin le contrôle à l’aéroport. climat de crise et de guerre. Fin d’un monde, fin de la paix perpétuelle, de son projet. Ce sera la lente dégradation de l’empire occidental, une fin qui durera plus longtemps que son règne même. L’ombre de la mort des dieux dure plus longtemps que le dieu. Pas question ici de penser la fin de l’Occident. Il serait trop aisé a posteriori de découvrir les signes avant-coureurs de cet effondrement. Seulement dire : à présent chaque seconde que nous vivons est la dernière. Chaque mot que nous écrivons est le dernier. Dire cela suppose avoir une certaine économie du souffle. Il nous faudra réapprendre à respirer, à penser. L’agitation dans l’action n’est plus de mise. Nous étions si critique par rapport à nos démocraties, nous avions tant et tant de soupçon quant à l’ordre mondial. Et voilà qu’il s’effondre. Ce qui adviendra par la suite, nous ne le savons pas. Seul compte cette fin à laquelle nous appartenons. Nous sommes de l’ancien monde, le monde d’hier, tard venus. Et que sera notre art à présent ? Donner la parole à ce qui ne parle pas ? À ce qui est sans voix ? Et l’inaudible ? Terminé, il faudra donner à entendre le timide secret qui soutient le monde. Pas de structure ontologique, mais le se tenir ensemble si infime si discret. La discrétion du monde à laquelle ne répondent plus à coups de romantisme. Le monde aura été une ombre du temps. C’est un sentiment de décadence et je sais combien ce discours est surdéterminé car l’Occident n’a cessé de rêver sa fin et sa relève dans sa domination même. Ainsi l’Occident n’aura été que le silence et en creux, le creusement de son temps. Construction d’une histoire possible puisque l’histoire n’existait, n’existe, n’existera pas. Nous vivons, travaillons et baisons pendant que d’autres meurs. pas d’échange entre les vivants du Nord et les morts du Sud mais une juxtaposition, quelque chose tient dans cet ensemble. Ainsi il aura été de mon silence de ma voix. Dans l’art il faut parler de quelque chose. L’art se tenir un discours qui interdit la parole commune. Lequel tenir aujourd’hui ? Tenir et non pas convaincre, tenir ensemble, une autre façon du lointain.