© 2006 Grégory

Exodes

Les uns après les autres nous partions, nous disparaissions. On se retrouvait ailleurs, on se rapprochait. Les villes de l’intérieur devenaient désertes. Il y avait encore les immeubles, éventrés, il y avait la voirie, le ramassage des poubelles, les chiens errants, les embuscades mais plus personne à embusquer, plus rien à ramasser, plus rien à loger. Il n’y avait plus qu’un espace vide et des restes de fonction. Nous partions je pense parce qu’on ne tenait plus, on avait essayé mille choses pour se convaincre de rester, ça pouvait être la famille, les études, le travail, l’organisation, des femmes, un lit, la nourriture, l’espoir. Mais chacun avait fini par abandonner sans même se laisser le sentiment d’un échec. Les possibilités étaient simplement inexistantes. On ne croyait pas à un ailleurs. On ne partait ni pour quitter quelque chose, il aurait fallu un quelque chose, ni pour gagner autre chose, on se retrouvait simplement déplacé, et le voyage n’avait pas de fin. On savait que c’était ce mal qu’on portait. On en avait fait le deuil adolescent déjà, contre l’avis des parents, de l’école et de la rue. Depuis ça ne cessait de se répéter, ce désir et cette barrière. Aucun mur sur lequel s’appuyer pour simplement se reposer un instant. Il fallait continuer à marcher. Le corps dévoré de l’enfant enfouissait mes nuits.

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