07 fév 2006

L’art des remises en question (La Presse, Canada)

Ne dites pas à Richard Simas, directeur fondateur du théâtre La Chapelle, que Montréal en lumière est multidisciplinaire. Oui, admet-il, il y a de tout dans ce festival, mais «en février, l’art est ici».

Cet «ici», ce sont les Parcours multiples: théâtre, danse, arts visuels, performance, musique, littérature. L’événement moteur, Vasistas, lancé par Simas en l’an 2000, s’ouvre demain.

De l’allemand was ist das? («qu’est-ce que c’est?») au vocable «vasistas» (vantail mobile d’une porte ou fenêtre), il n’y a qu’un pas que le Robert a d’abord franchi.À Montréal, c’est le mot à la mode pour désigner les «nouvelles pratiques artistiques». Vasistas, c’est «la fenêtre ouverte sur l’art interdisciplinaire», finaliste du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal 2005, à être remis en mars.

Malgré la réussite et la reconnaissance, Richard Simas se montre pessimiste. Les Montréal en lumière et autres Festival de théâtre des Amériques ouverts à la danse lui font mal. Il ne s’en ferait pas si l’État multipliait les subventions.

«Le Conseil des arts du Canada considère Vasistas comme un événement majeur, mais il ne donne que 15 000 $. Pour cette année, on nous a coupé de 25 %. Si ça ne change pas, moi, je dis que c’est fini.»

Un must: Grégory Chatonsky

Le festival est toujours difficile à définir. Théâtre, danse, arts visuels? Pour Grégory Chatonsky, Parisien avec un pied-à-terre à Montréal, was ist das? est la question à poser. L’artiste, présenté comme «figure de proue de l’art numérique», sera un incontournable du cinquième Vasistas. Les deux installations qu’il a conçues pour Vasistas, projections vidéo interactives, forceront les gens à se «demander ce qu’ils sont».

Chatonsky se limite à dire qu’il lie théâtre et art contemporain. À l’écouter, le premier, encore dans l’idée de la «représentation», a à apprendre du second, où l’on «montre une chose pour parler d’une autre».

«Le théâtre, je n’y comprends rien, lance même Grégory Chatonsky. Je suis amateur de théâtre, mais j’ai de la méfiance à son égard. J’ai un problème avec la scène frontale, séparée du public.

«J’ai essayé de simplifier», dit celui qui a gardé, pour ses oeuvres, l’essentiel du théâtre: le texte et les acteurs. Chacune de ses installations porte sur un de ces aspects. Et, note-t-il, «s’il n’y a personne, il ne se passe rien du tout».

Richard Simas est ravi de la présence de Chatonsky, «un conteur contemporain». Ainsi que de celles de Manon de Pauw et de Sylvie Cotton, qui le dirigent vers le monde des «galeries».

«Les racines, dit-il au sujet de ses projets, c’était de faire une boîte noire. D’inventer un monde, au lieu du classique théâtre-danse-musique. Ces trois artistes ont été fascinés par l’idée de la boîte noire. Moi, la dernière chose que je voulais imposer était cette forme architecturale.»

Basé sur «le développement des scènes», Vasistas réunit cette année des collectifs aussi divers que le politisé ATSA, le littéraire Rhizome et le duo Emergency. Exit, le Canadian content, au dire de Simas. Pour s’éveiller à tout ça, l’homme venu de Californie ne demande qu’un public prêt à ne pas «faire une lecture immédiate» de ce qu’il voit. À se plaire dans la question à la mode: de kessé?

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