08 avr

Ceux qui précèdent

Chaque génération se construit à travers l’oubli des générations précédentes. Il y a un tel effet de ressemblance quand on y regarde de plus près entre ces générations, comme si la répétition ne s’effectuait qu’à travers ces oublis répétés et différés. Regardez la sous-culture urbaine, des années 60, des années 80. Il y a ces beaux livres édités par Allia.

La conscience de cet oubli (et il faut bien oublier car sans cet oubli l’amassement deviendrait insupportable) jette un doute quant à notre présent et à son caractère inaperçu. Nous ne voyons pas ce qui arrive aujourd’hui. Mais nous savons, dans cette ignorance, que « notre » présent (il faut quelques guillemets à ce propre du temps) constituera pour l’avenir son passé et son oubli, avec ses récits, ses combats, ses sous-cultures, ses jeunes devenus plus vieux, parents, parlant de ce qui fut leur adolescence, et la musique, et les bandes, et les habits, et les modes, et le refus, et ceux qui meurt, et la violence. Tout ceci se répétera, à chaque époque, depuis les Apaches du XIXème siècle parisien et sans doute avant. Il y a ce très beau film de Scorsese sur les gangs de New York au XIXème siècle. Le film est un échec d’une certaine manière, mais ce que le réalisateur pointe, par rapport sans doute à sa propre adolescence dans les rues de Manhattan, c’est l’effet de cette étrange ressemblance.

Ce n’est pas la tentative de se souvenir de mon « propre » passé, des concerts, et des amis, des mouvements, redskins, fifties, psychobilly, chasseurs. Car ce passé n’est passé que dans le souvenir, il continue à agir dans son oubli, dans le présent donc. Il est fonction de ce présent, uniquement. Il a existé certes, mais cette existence telle qu’elle fut passée est belle et bien passée.

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