08 juin

Contemporain et pop

Certaines formes bouleversantes à une époque deviennent avec le temps des lieux communs éculés. L’introduction des objets courants dans la nomination artistique s’est transformée en bric à brac de brocanteur. La valorisation de la culture populaire des médias est devenue un cynisme répétant ce que chacun connaît déjà. Et quant à la position réactionnaire défendue par certains prônant une critique du contemporain et de son exigence absurde parce qu’incessante de nouveauté, elle méconnaît notre époque tout autant qu’elle ne fait réagir qu’à une autorité qu’elle reconnaît en la niant discursivement.

C’est à la notion même de contemporain qu’il faut s’attaquer aux côtés de Georges Didi-Huberman pour démontrer combien l’exigence de contemporainéité à soi est le fantasme d’un temps identique à lui-même et occulte certaines stratégies artistiques majeures (dans l’art vidéo par exemple) où les fils du temps s’entrelacent dans l’inextricabilité du passé, du présent et du futur.

Déconstruire le contemporain ce n’est pas le critiquer (critique qui rejouerait sur une autre scène le métadiscours qu’elle dénonce) c’est analyser les structures de pouvoir qu’il met en jeu, c’est être à côté et non avec. La question de la production du nouveau ne me semble pas absurde aujourd’hui, malgré le sentiment que notre époque a tout vu tout connu, si toutefois on repense la notion même de nouveau dans un sens qui ne serait pas celui de la modernité. C’est je crois le sens, incompris, de la pensée esthétique de Lyotard qui loin d’un postmodernisme d’après la modernité invoque dans L’inhumain une résistance sans projet critique, une résistance qui est à l’intérieur même du flux et de la mégapole mais qui ne s’en rend pas complice, une résistance idiote qui détourne sans influencer l’événement. Résistance (au sens électrique du terme) car les industries culturelles de leur côté s’organisent, reconfigurent, inventent un modèle esthétique et organologique d’un nouveau genre.

La discrétion donc plutôt que le sempiternel discours sur les médias, sur la culture pop, sur une époque prétendument gazeuse (manière de garder un discours imprécis).

Sortir du monde de l’art car ce monde, défini, redéfini, dédéfini, etc. comme auto-référencialité perd de son intérêt lorsqu’on sort de la période moderne. Le nombre d’expositions qui n’ont comme objet que l’exposition elle-même, la relation entre l’institution ou le public ne produit rien d’autre qu’une redondance sans doute conceptuellement pensable mais esthétiquement faible.

Le flux des médias et le flux des consciences, leur surprenant parallélisme comme timbre secret.

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