08 août 2006

Culture et apprentissage technique

“En 1953, dans la minuscule île japonaise de Koshima, au large de Kyushu, le primatologue Kinji Imanishi fut le témoin d’une petite révolution technologique. En l’espace de quelques mois, les macaques vivant en liberté sur ce bout de terre vierge se mirent spontanément à laver les patates douces qu’on leur distribuait. Jusqu’alors, ils les mangeaient telles quelles, et s’abîmaient les dents sur la terre incrustée dans leur peau. Jusqu’au jour où Imo, jeune femelle de 18 mois, décida de nettoyer la sienne dans l’eau de la rivière. La tenant d’une main, la frottant de l’autre, elle répéta et perfectionna son geste pendant plusieurs jours.

Trois mois plus tard, les membres les plus proches de sa famille faisaient de même. Cinq ans encore, et les trois quarts des juvéniles et des jeunes adultes lavaient régulièrement leurs patates douces. Non plus dans la rivière, mais dans l’océan, s’octroyant par la même occasion un apport de sel. Seuls les vieux, en marge de la société active, n’adoptèrent jamais cette habitude.”

5 Comments

  1. 1 8 août 2006 at 8:09
    Permalink

    Pour déterminer si une espèce animale possède une culture, les scientifiques doivent observer un groupe qui ont des us et coutumes que d’autres groupes de cette même espèce n’ont pas. C’est pour le moment le seul moyen de prouver que l’animal concerné est un animal culturel.

    Plus on en apprend sur les animaux et plus la frontière arbitraire que l’homme a délimité pour se distinguer est fragile et poreuse.

    Ainsi il semblerait même que certaines espèces aient des goûts esthétiques.Ce ne sont malheureusement que des suppositions qui n’ont pas encore été validées scientifiquement.

  2. 2 8 août 2006 at 11:05
    Permalink

    Cet article ne dit rien. Il dit le “mieux” pour les dents des macaques, il dit la difficulté d’appropriation de la technique par les vieux. Mais il ne dit rien de plus. un constat pas un développement. Parlez de l’évolution de la dentition des macaques, de l’évolution de leur tein par le biais de l’apport vitaminé modifié (?), du changement de leur comportement social dû à un amoindrissement de matière minérale issue de la terre, etc. eut dit plus. Dire qu’il y a émergence d’un fait technique ne dit rien dans une transposition à l’homme. Il faut voir la transduction. Ce qui se passe dans les extrémités de cette relation macaque-technique.

  3. 3 9 août 2006 at 2:31
    Permalink

    Si l’étude des animaux a permis de faire évoluer notre conception de la séparation être humain/animal fondatrice d’un certain ordre planétaire, il est cependant exact que “cet article ne dit rien”.

    Je ne suis pas très sensible à l’anthropomorphisme, et en ce sens vouloir dire quelque chose des comportements animaux c’est toujours soumettre ceux-ci au langage humain (puisqu’on en parle avec nos mots) qui n’est pas descriptif mais performatif (le langage ne décrit pas seulement une réalité, il la produit).

    Parler de technique (ou même de non technique) chez certains animaux est injuste. Il y a une étrangeté radicale du regard que nous pouvons porter sur eux (et sans doute du regard qu’ils portent sur nous). Vouloir chercher de la transduction (mais n’y en a-t-il pas dès que vivant et matière se rencontrent?) c’est encore chercher un mot, un mot humain.

    La prise de conscience de cet écart infranchissable, qu’on peut nommer différance (Derrida n’a cessé de signaler dans ses ouvrages l’importance du bestiaire), devrait mener à une plus grande empathie non-anthromorphique dont le juste résultat devrait être l’élaboration d’un droit des animaux (mais avec qui signer? Et peut-on élaborer un droit dans le silence d’une des deux parties contractantes?).

  4. 4 10 août 2006 at 8:22
    Permalink

    Le titre même de l’article laissait pourtant penser à un rapprochement ou une tranposition entre cet animal qu’est le singe et l’homme pour qui l’on parle souvent de technique. On oublie aussi par ailleurs peut-être aussi que l’homme est un animal doté seulement en plus du feu prométhéen ;-)
    Après cela, les animaux, ne sont à mon avis plus qu’espèces nommées, elles ne sont plus des être vivants mais des éléments dont le nommage est le début de leur disparition. C’est ce que ma fait penser une récente visite d’un zoo : les enfants passent leur temps à nommer les animaux, pas vraiment à les observer, ils parcourent une nomenclature au fur et à mesure de leur évolution dans les chemins du zoo, du parc.

  5. 5 11 août 2006 at 4:02
    Permalink

    Jacques Derrida a proposé le concept d’animot pour signaler que la nomination des animaux, leur soumission à notre langage, constitue leur disparition.

    Concernant la relation animalité-infantilité, il faut toutefois remarquer que certains animaux “protègent” spontanément les enfants humains et qu’il y a parfois une relation singulière comme dans le cas des enfants autistes et des dauphins.

    Les figures de l’enfant et de l’animal ont souvent été rapproché, surtout avec les récits réels ou imaginaires d’enfants sauvages de Romulus et Rémus à Mowgli, en passant par Tarzan, Hans de Liege, Victor de l’Aveyron (film de Truffaut), etc.

    Remarquons encore que quand un animal me regarde (et il me regarde bel et bien dans les yeux), il a dans la réciprocité disymétrique du regard (car il me regarde d’yeux à yeux mais nos réflexivités de se partagent pas) quelque chose de particulièrement étrange.

Your email is never published nor shared. Required fields are marked *

*
*