08 mar

Fontevraud à l’heure du numérique (Le Point)

Voilà près de quarante ans que l’abbaye de Fontevraud, le plus vaste ensemble conventuel d’Europe, vit au rythme des chantiers de restauration. Chaque année apporte sa nouveauté…
En octobre dernier, le 900e anniversaire de la fondation de l’abbaye fut marqué par l’achèvement de la rénovation du cloître du Grand Moutier au terme de six ans de travaux. Et le 24 mars prochain, lors de l’ouverture du Festival de la semaine sainte, le jardin de ce même cloître entièrement replanté sera dévoilé. Il a fallu bourse délier : pour la période 2000-2004, 8,15 millions d’euros (1,63 million d’euros par an, dont 20 % financés par la région) ont été débloqués. Parallèlement à ces campagnes de rénovation, l’animation du site assurée par le Centre culturel de l’Ouest bénéficie d’un budget annuel de 1,83 million d’euros (dont 1,52 à la charge de la région).
Avec l’arrivée à la tête de ce centre, en février 2001, de Chantal Colleu-Dumond, Fontevraud a trouvé un nouveau souffle. Agrégée de lettres classiques, ancienne conseillère culturelle à Rome, elle a pris en main les destinées de l’abbaye avec une belle énergie. L’ambition de Chantal Colleu-Dumond est de faire de Fontevraud le lieu de référence sur l’utilisation du multimédia et des nouvelles images dans les monuments historiques : « Nous tenons à favoriser le dialogue, la confrontation d’expériences très différentes. Des actions sont entreprises de manière éparse, aussi voudrions-nous qu’à Fontevraud une synthèse puisse être faite. Nous pourrions être alors un vrai centre de ressources et de formations. »
203 000 visiteurs en 2001
Ainsi a-t-elle a déjà entrepris d’installer des réalisations dans l’abbaye. Dans le grand réfectoire, tout d’abord, où un film, une sorte de grande fresque, est projeté sur un mur. Le réalisateur Alain Escalle a conçu des images numériques haute définition s’appuyant sur une importante iconographie. Le résultat, plus allusif que documentaire, est d’une grande poésie. « Notre idée est de rendre la visite plus belle, sans nuire aux bâtiments ; la technologie n’est pas objet du discours, elle ne doit pas faire écran à la visite. »
Dans le même esprit, un aménagement musical vient d’être mis au point par Jean-Baptiste Barrière, artiste d’envergure internationale, dans le cloître du Grand Moutier. Il ne s’agit pas ici de meubler le silence mais, bien davantage, d’accompagner la visite : un son de cloches dans le lointain, le bruissement des oiseaux… « Nous n’avons pas voulu superposer les oeuvres, le multimédia doit rester invisible, nous essayons d’inciter au silence et à la méditation. L’oreille aux aguets, le visiteur se tait… »
Dans le même temps, la politique de résidence d’artistes a démarré. Après le photographe Gérard Rondeau, Hubert Naudeix, architecte, spécialiste des restitutions virtuelles de monuments anciens, et Grégory Chatonsky, concepteur notamment du site Internet du Centre Pompidou, sont invités à concevoir et à réaliser à Fontevraud un projet lié aux nouvelles technologies autour du patrimoine.
Chantal Colleu-Dumond semble n’être à cours ni d’idées ni de ressources. Depuis un an, on l’a vue sur tous les fronts : une première exposition, « L’Europe des Anjous », magnifiquement mise en place et tout à fait passionnante, des colloques, une nouvelle image graphique, le lancement d’une revue trimestrielle, la refonte du site Internet, une émission de télévision (« Des racines et des ailes », de Patrick de Carolis, sur France 3)…
Les premiers résultats ne se sont pas fait attendre. L’abbaye, avec ses 14 hectares et ses 4 prieurés, compte parmi les rares monuments français à avoir vu sa fréquentation augmenter en 2001, passant de 160 000 à 203 000 visiteurs. De quoi attendre le millième anniversaire en toute quiétude…

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