© 2009 Grégory

Fragilité des mashups

L’exposition à Oboro souligne la fragilité structurelle de mon travail. En alimentant celui-ci en temps réel par des données glânées sur Internet, il en devient radicalement dépendant. Il suffit en effet que la source d’informations disparaisse ou change simplement de structure pour que mes oeuvres ne fonctionnent plus. Que faudrait-il faire? Créer des routines d’observation m’alertant de tels changements et m’obligeant manuellement à réadapter mon code? Mais en y réfléchissant bien cette posture présuppose que l’oeuvre doit faire oeuvre et être conservée, elle est fondée sur l’idée que la stabilité est préférable au devenir et à la disparition, l’éternité à la finitude, un art des vestiges durables (on pourrait appliquer la critique que François Roche fait de l’architecture aux oeuvres d’art). De plus, sa limite extrême est ma propre disparition, quand plus personne ne pourra réadapter le code. Il me semble dès lors que l’esthétique des mashups vient finalement affecter le caractère structural de la conservation des oeuvres d’art, c’est-à-dire ses présupposés. Sa dépendance à un langage exogène doit être affirmée, parce qu’elle constitue un changement et un prolongement de problématiques artistiques depuis les papiers collés, le collage, le readymade et le popart. Elle matérialise et intensifie la relation de l’oeuvre d’art au monde, parce que cette relation n’est plus seulement une inspiration (popart), une recontextualisation (readymade) ou un détournement, elle n’est plus seulement à l’origine du processus, la relation devient un processus continu: l’oeuvre ne cesse d’aller chercher des données.

C’est pour cette raison que le temps réel de mes mashups n’est pas simplement une question d’ordre technique. Certains estiment que cela ne changerait pas beaucoup les choses si les données étaient simplement préenregistrées, selon l’argument que ce ne serait pas sensible pour le public. Mais c’est limiter la sensibilité à un contact ignorant de la structure, c’est supposer une immanence de la perception et pour tout dire une décontextualisation. Or, la perception est toujours en contexte, et ce dernier peut être le code. En ce sens, les mashups sont une nouvelle forme de réalisme nous exposant à la fragilité, à la dépendance de notre perception quant aux flux qui nous traversent. Mes travaux sont donc temporaires, quelques traces resteront qui permettront peut être d’imaginer, de proche en proche, ce qu’a été mon époque.

4 Comments

  1. Posted 9 mars 2009 at 12:18 | #

    Le net-art ne relève-t-il pas de la performance, du coup ?

  2. Posted 9 mars 2009 at 12:02 | #

    Vous semblez penser que la performance relève du « coup »… Mais si vous entendez par là le caractère fugace de cette forme de création, c’est sans doute le cas. Toutefois certains projets tentent justement d’extirper quelque chose du réseau pour en donner une forme stable. Donc ça dépend. Difficile de parler du netart, net.art, net-art, net art en général. Ceux qui le font ne parlent que par généralisation de leur particularité. ;-)

  3. Posted 14 mars 2009 at 2:27 | #

    Le code pourrait être une offrande pour sa propre modification, ainsi le public pourrait évacuer le fait que c’est préenregistré et chacun pourra disparaître sans trop se soucier du code du code ou du code pour le public de ce code et avoir un peu de plaisir à vivre les choses, à les expérimenter sans avoir à les déchiffrer sans cesse ou avoir le souci d’une fragilité de structure car il faut libérer un peu de temps pour vivre et penser d’autres structures fragiles de demain. propos impro

  4. Posted 18 mars 2009 at 1:01 | #

    Ton approche est bonne, l’œuvre en réseau est nécessairement temporaire, comme l’est également une installation in situ dans un espace quelconque (cf. land art par exemple). Elle est temporaire si on la considère dans une espèce de fixité apparente (à une certaine échelle de temps), et elle est surtout par nature: processus. Si l’on considère ce processus à une échelle qui dépasse le temps d’exposition, il a un avant et un après. La forme de l’œuvre présentée au public est alors un état parmi d’autres d’un système plus vaste qui peut comprendre les travaux préparatoires (schémas, croquis, codes, notes…) et les éléments générés par l’installation (comme temps d’exposition) par exemple ici: photos, films, témoignages, etc…(Ton post est ici même un autre exemple). L’œuvre comme processus nous invite donc à réenvisager l’échelle du travail plastique et ce qui compose réellement « la pièce » ou « l’œuvre » proposée. De mon coté j’en arrive à la notion de continuum plastique, un continuum d’activité dans lequel chacun pourrait en quelque sorte effectuer les découpages en pièces ou projets en fonction de son point de vue sur ce continuum, dans le temps et l’espace. Cette approche permet par exemple de relativiser la « limite extrême » que tu évoques dans ce post.

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