08 avr

Hors-chez-moi

On revient donc dans un endroit qui n’est pas le « sien », dans lequel on est pas né et dans lequel on a pas vécu assez longtemps pour dire qu’on en est. On revient dans cet endroit dans lequel on est arrivé trop tardivement pour se l’approprier. On a un certain plaisir à être « de » ce lieu sans en être, de perdre toute assurance de la propriété du lieu et même de la langue puisqu’il y a l’accent que sans doute jamais on adoptera, non par refus mais simplement par inconscience de « sa » langue. On sait que ni les voyages, ni les déplacements tous azimuts, ni d’autres exils, ne viendront effacer cette habitation hors de soi, ce sentiment calmement amoureux d’être à un endroit sans l’appareillement de l’habitat. Il reste seulement, sans doute, l’habitable dans sa possibilité, non l’actualité de l’habitation. On pourrait y vivre se dit-on, tout comme quand on passe dans une ville étrangère et que levant les yeux aux fenêtres on imagine ces vies étrangères, leurs habitudes, leurs langues, leurs regards sans doute posés parfois sur cette rue dans laquelle on est en train de marcher.

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