On revient donc dans un endroit qui n’est pas le « sien », dans lequel on est pas né et dans lequel on a pas vécu assez longtemps pour dire qu’on en est. On revient dans cet endroit dans lequel on est arrivé trop tardivement pour se l’approprier. On a un certain plaisir à être « de » ce lieu sans en être, de perdre toute assurance de la propriété du lieu et même de la langue puisqu’il y a l’accent que sans doute jamais on adoptera, non par refus mais simplement par inconscience de « sa » langue. On sait que ni les voyages, ni les déplacements tous azimuts, ni d’autres exils, ne viendront effacer cette habitation hors de soi, ce sentiment calmement amoureux d’être à un endroit sans l’appareillement de l’habitat. Il reste seulement, sans doute, l’habitable dans sa possibilité, non l’actualité de l’habitation. On pourrait y vivre se dit-on, tout comme quand on passe dans une ville étrangère et que levant les yeux aux fenêtres on imagine ces vies étrangères, leurs habitudes, leurs langues, leurs regards sans doute posés parfois sur cette rue dans laquelle on est en train de marcher.
08 avr
By Grégory. Posted 8 avril 2006 at 12:32 . Filed under Quotidien. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
Post a comment or leave a trackback.
Browse
Previous: Hans Bellmer
Dans certains dessins, il y a une abstraction organique, un devenir diaphane de l’épiderme qui laisse dévoiler ses os et ses organes. Ceux-ci deviennent des formes enchassées, transformées, reliées. Poils et muqueuses. Il y a aussi cette étrange frontière entre l’organique et le minéral qui passe par les vêtements transformés en lignes fuyantes, cristaux et [...]
Next: Plus d’adresse
Je ne m’adresserais donc plus à toi (mais que sont donc alors ces mots?). Je me suis trompé depuis des années.En toute logique je devrais à présent me taire, éviter toute destination, fut-elle négative, la dénégation serait encore une manière de négocier avec toi. Mais ce silence lui aussi te serait sans doute destiné car [...]
