08 jan

iso/space

Depuis des années les systèmes spatialisés tentent de s’imposer sur le réseau afin de mêler l’interface et l’information. On sait combien d’échecs, de reports, de différés ont eu lieu dans la mise en place d’un tel standard spatial. L’objectif n’est pas de reproduire (isomorphie) des espaces prétendument réels (cf l’expérience du 2ème monde), mais de produire des spatialités singulières dont les paradoxes géométriques tracent leur spécificité et leur rapport avec le médium numérique. Eviter le symbolisme de Jeffrey Shaw ou encore les thèmes beaucoup trop larges de Benayoun (World Skin) qui risquent toujours de tomber dans l’ob-scène. Expérimenter plutôt des fragments d’espaces dont la modalité ne peut être que numérique. Voir du côté de Borges et de Flatland.

4 Comments

  1. 1 29 avril 2008 at 8:34
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    J’ai de sérieux doutes sur le fait que l’on puisse considérer le travail de Jeffrey Shaw comme symboliste (pour moi c’est un contresens) ou que World Skin soit « trop large » mais j’accepte totalement de donner dans « l’ob-scène », d’autant plus que les références à Borgès et Abbott (Flatland) sont nombreuses dans mon travail et je les ai toujours présentés (surtout Borgès) comme une inspiration permanente.
    La question n’est-elle pas que les œillères donnent toujours l’impression que le paysage est trop large ? Que le télescope avec lequel on scrute l’espace d’écriture réduit considérablement la profondeur de champ et empêche d’appréhender « the whole picture ». Il me semble qu’il faudrait limiter les réflexions lapidaires en ce qui concerne des travaux qui ne prennent leur sens que dans l’expérience que l’on en fait.

  2. 2 29 avril 2008 at 10:00
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    Cette note date de 2001. On peut évoluer avec le temps, changer d’avis.

    A cette époque j’étais très critique par rapport aux dispositifs de réalité virtuelle et à la conception esthétique qu’ils présupposent. J’avais d’ailleurs écrit un mémoire avec Anne-Marie Duguet spécifiquement sur cette question.

    Concernant le symbolisme de Shaw je parlais seulement de Legible City (la ville, les lettres, le vélo), pas de sa démarche en général. Symbolisme dont non au sens du courant du XIXème bien sûr mais au sens d’un usage des symboles: une chose qui représente autre chose, par exemple des textes pour une ville.

    Quant à ma critique de World Skin elle porte sur le thème des génocides et des guerres ou différents conflits sont mélangés, donc la question que je posais était celle du référent, de ce dont tu parlais. Pas seulement le regard du spectateur mais les photographies d’archives que tu mélanges. Même si j’aime vraiment la question de l’ombre et du détexturage dans World Skin, du déclic photographique, j’ai quelques scrupules par rapport au traitement éditorial ou tu te confrontes à des phénomèmes historiques. Scrupules dont je t’ai déjà fait part (bien sûr tout cela est de l’ordre de la question) et qui sont sans doute liés au fait que j’ai travaillé pendant 3 ans sur un CD-Rom à propos de la déportation dans un cadre pédagogique. De cette expérience, j’ai tiré une certaine rigueur quand on parle de phénomènes historiques, rigueur que l’on peut fort bien contester dans un cadre artistique. Mais à la limite ce n’est que mon point de vue.

    « Il me semble qu’il faudrait limiter les réflexions lapidaires en ce qui concerne des travaux qui ne prennent leur sens que dans l’expérience que l’on en fait. » Tous travaux artistiques ne prennent sens que dans l’expérience qu’on en fait, c’est pour cela qu’ils sont esthétiques. Faudrait-il alors ne jamais exprimer parfois des questions, des doutes, des critiques?

  3. 3 3 mai 2008 at 3:02
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    Sans doute notre différence esthétique se situe-t-elle dans ce que tu nommes « the whole picture ». On peut espérer y entrer de part en part. On peut également, comme c’est mon cas, déconstruire ce désir d’immersion et penser que les limites des images sont constitutives de leur esthétique.

    C’est ce que j’ai tenté de théoriser dans un ouvrage collectif qui vient de paraître:
    http://incident.net/users/gregory/wordpress/12-proliferation-des-ecrans-of-screens-canada/

    Sur Legible City, sans doute aurais-je dû parler de métaphore. Mea culpa.

  4. 4 7 mai 2008 at 10:44
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    Désolé je découvre seulement maintenant les réponses que je trouve tout à fait acceptables.
    Précision sur World Skin : les deux guerres présentes dans l’installation sont la deuxième guerre mondiale et la guerre de Bosnie. Remis en contexte la pièce était présentée dans la ville ou Hitler est allé à l’école (avec Wittgenstein il est vrai, mais se sont-il croisés?) à 300 km (ou quelques chose comme cela) de la Bosnie qui était en guerre à l’époque. Un lourd passé, peut être trop vite gommé, et un présent trop proche, pour parler de la responsabilité et de la mémoire, tout cela n’est peut être pas complètement innocent.
    Pour Jeffrey Shaw et Legible City, on pourrait parler de « litteralité », ça serait drôle, et presque pertinent. Mais effectivement cette pertinence se retrouve dans le fait que le geste et l’énoncé se confondent, lire l’espace virtualisé et lire la ville, le monde comme texte et l’art comme prétexte, même dans ses aspects les plus triviaux, ça marche! et en plus on peut jouir de l’expérience; ça ou se complaire de la frustration, dans la déception, ça fait débat et les dionysiens peuvent encore se rouler par terre avec les apolliniens sans en faire une tragédie et sans légèreté (qui ne soit assumée).

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