Rien de pire que l’auto-historicisation de certains artistes. En me promenant sur le réseau, je viens de croiser le texte d’une connaissance qui explique avec force détails avoir été le premier à faire ceci ou cela (le ceci et le cela est sans importance) et que d’autres n’ont fait que suivre, dans l’ignorance de ce qu’il avait déjà réalisé, son travail.
Le fait que notre époque produise tant d’artistes, que le flux de nouveautés esthétiques s’accélérent de jour en jour et que les médiateurs décidément n’ont plus le temps, plus l’énergie, plus l’attention (mais qui pourrait l’avoir?) pour suivre ce qui advient, et doivent ainsi s’en remettre à certaines structures de validation plus ou moins autoritaires, laisse une certaine marge aux artistes pour s’autojustifier, s’auto-historiciser, s’auto-critiquer, s’auto-contextualiser. La conception romantique de l’artiste encore en cours chez beaucoup, a pour conséquence que ceux-ci estiment que ce qu’ils réalisent est le centre esthétique de tout. Le déficit critique les entraînent à présent à adopter tous les rôles.
Mais qui dit que l’historicisation est importante? Qui dit que l’histoire doit être conçue, particulièrement dans le champ artistique, de façon chronologique, l’historien de l’art se réduisant alors à un simple comptable inscrivant les dates des innovations technologiques? Qui dit que cette conception historique, avec toute la relation à l’originaire qu’elle suppose, a quelque importance? Et n’est-ce pas là en fait une façon de s’empêcher de parler singulièrement des travaux en leur enlevant toute légitimité a priori?