De plus en plus d’oeuvres pourraient être catégorisées sous l’adjectif d’auto-suffissance. Tout se passe comme si elles n’avaient aucunement besoin du public. Jusqu’à ce que même ces oeuvres soient invisibles, restant refermées sur elles-mêmes. La culture de l’interactivité est aussi sa contre-culture, une activité isolée, sans causalité, indéterminée. Il y a un affect esthétique face à cette auto-suffisance. Que ressentons-nous alors face à ces oeuvres qui nous font barrage? Qui disent qu’elles refusent de communiquer? Qu’elles ne nous sont pas destinés? Il ne s’agit pas d’une autonomie à la Hal, ordinateur ayant pris son indépendance et se révoltant contre l’ordre (humain) établi, mais plutôt d’une indifférence. Indifférence au sens où l’oeuvre ne se différencie pas de nous, au sens où son esthétique ne prend pas en compte notre esthétique, et que nos deux systèmes restent profondément étrangers l’un à l’autre. Que cette étrangeté permette alors de rejouer le paradoxe de notre sens intime (nous sentons que nous sentons ce qui induit un écart différentiel où toute notre perception s’engouffre) est la question même de ces dispositifs esthétiques.