“Le théâtre est maintenant la négation de l’art. (…). Le succès même ou la survivance des expressions artistiques dépend de plus en plus de leur capacité à mettre en échec le théâtre (…) Les expressions artistiques dégénèrent à mesure qu’elles deviennent théâtre”.
(M. Fried, Art and Objecthood, 1967, p. 27)
La lecture est un phénomène dont l’étrangeté est voilée par son usage quotidien.
Lire c’est être hanté par la voix d’un autre. Etre hanté par sa propre voix.
Je lis à voix basse: un auteur prend ma voix, cette voix intérieure qui est la mienne.
Je lis à voix haute: j’entend les mots d’un autre par ma bouche, de cette autre voix, du fond de ma gorge osseuse, que j’entend toujours différemment des autres.
Lecture est un générateur de textes déclenché par la voix des spectateurs. Le texte est un ensemble d’instructions pour acteur de théâtre et de solutions de jeux vidéos imaginaires. Jouant sur le double sens du mot “lecture” en français et en anglais qui signifie en même temps l’action de lire un texte, le fait de faire une conférence en public mais aussi de faire lire à haute voix un texte dans un théâtre, Lecture joue de la synchronisation et de la désynchronisation entre le texte et ma voix.
En créant un lien de causalité entre l’apparition du texte et le niveau de la voix, on déconstruit le principe même de la lecture et l’antériorité du texte. Les deux deviennent indissociables: est-ce ma voix qui produit le texte ou le texte qui convoque ma voix? L’interactivité permet alors de produire une anticipation qui est au coeur de la lecture même. C’est un texte sans personnage, tandis que Ceux qui nous regardent sont des personnages sans texte.
Une production: Incident et La Chapelle
Remerciements: Aurélie Bruhl, Julie Morel, Jérémie Niel, Richard Simas