08 août

L’inhumanité de l’art

Après la lecture du Battement du monde de Zéno Bianu offert par Pierre Bongiovanni., la notion d’inhumanité en art revient. Aux deux catégories d’inhumanités esthétiques avancées par Lyotard, l’inhumanité comme reste et témoignage et l’inhumanité comme technique, j’ajouterais une troisième catégorie qui vient peut-être biffer, raturer et en même articuler les deux précédentes.

C’est l’inhumanité de l’art comme objet, je dirais presque comme chose. Le livre de Bianu est en effet le symptôme d’une projection, il vient anthropomorphiser les oeuvres qui ne sont alors que les supports de projection de ses états affectifs. Devant un tableau de Van Gogh il aperçoit les tréfonds abyssaux de ses affects, quant même ce tableau n’est pas cela. L’inhumanité de l’art, comme subsistance et résistance d’une chose à son appropriation, pourrait toujours être à nouveau soumisse à la projection humaine qui en voyant l’oeuvre ne veut finalement que se réfléchir et se voir. Mais serions-nous jamais capable de voir une oeuvre sans vouloir nous y retrouver? Peut-être que, comme chez Beckett, l’art est un accès possible au monde non-humain que nous avons tant de mal à appréhender du fait de nos structures de perception. L’inhumain dont je parle est plutôt le non-humain de l’art, sa subsistance (au double sens du terme, de subsister comme reste et de susbister comme moyen d’être autonome), ce n’est pas un inhumain pathétique, mais une lisière insensible dans la sensibilité elle-même. Ce livre m’a donc fait l’effet d’un simple refus d’apercevoir les oeuvres dans leur singularité hétérogène au régime humain. Et par ce refus on fini par projeter dans les oeuvres une volonté instrumentrale.

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