En décembre 1999, la revue online Panoplie a demandé à Incident.net de créer de courtes expérimentations interactives sur le thème du silence.
Deux personnes, nommons les A et Z, se parlent. Ils sont distants l’un de l’autre. C’est grâce à cette différence spatiale que le son émis par leur bouche peut se répandre dans l’espace et que chacun peut écouter ce que dit l’autre. Le temps de la conversation est dit » réel » : le destinateur et le destinataire ont le sentiment que l’écoute et la parole sont simultanées. Ils peuvent échanger des propos et leur rôle. Ils se mettent à la » place » de l’autre.
Pourtant tout échange est ponctué de silence, un silence que personne ne peut entendre et qui existe dans la distance de la conversation. Le son mettra une seconde à parvenir à un interlocuteur qui se trouve à 340 mètres. Une seconde de silence imperceptible qui rend possible la parole et l’écoute. Un silence qui parcourt le son.
La Vitesse du Silence questionne la différence qui creuse tout dispositif langagier et interactif. La distance des corps et la vitesse du son impliquent une anachronie qui place l’effet de parité du dialogue hors de ses gonds. L’échange des rôles (celui qui parle et celui qui entend, celui dont on parle, mais aussi celui qui interagit) n’est pas fonction d’une communication transparente mais d’un écart au sein des voix. Qu’en est-il lorsque je vous parle, lorsque je m’adresse à vous sur le réseau ou hors de lui? Ici la vitesse du son, là la vitesse du lumière. Ici le son, là les pixels et les paquets d’informations transportés du serveur à l’utilisateur. Dans tous les cas un temps différé.
« Passibilité : le contraire d’ « impassibilité »? Quelque chose ne vous est pas destiné, il n’y a pas de quoi sentir. Vous êtes touché, vous ne le saurez qu’ensuite. (Et en croyant le savoir, vous vous tromperez sur cette « touche ».) »
(Jean-François Lyotard, L’Inhumain.)