Dans le travail de Ken Goldberg il y a l’intelligence du lieu.

Exposer dans une galerie une boite noire dont l’intérieur n’est manipulable et visible qu’à partir d’internet c’est exposer l’espace de la galerie à sa propre limite et la retourner comme un gant vers son extériorité (le réseau). La boite noire est un point mort dans l’espace, inutilisable, invisible, refermée sur elle-même de façon autistique, et dans le secret de son intériorité elle se réserve au réseau. La galerie a dès lors une fonction négative, on y montre rien, ce n’est pas un lieu d’exposition, on y témoigne d’une fissure dans l’espace, fissure que le réseau inscrit dans notre quotidien. En refusant la fétichisation de l’espace de la galerie, Goldberg explique le feuilletage des espaces médiatiques et géographiques, ils coexistent pas seulement selon une logique d’entente et de complémentarité mais de manque. Dans la galerie il manque la vision de l’oeuvre, même si elle est là c’est une boite noire, rien de plus. Internet, d’un autre côté, n’est pas la solution qui rendrait tout visible, tout manipulable et sensible, car l’image de la webcam qui nous permet de voir l’intérieur est (volontairement) de mauvaise qualité, les boutons qui permettent de moduler la lumière de la boite sont simplistes, bref il y a une certaine déception, non un sentiment de puissance dans le réseau.

One Trackback
[...] L’exposition des expérimentations artistiques n’a pas de nouveaux lieux, et en ce sens toutes les tentatives pour créer un nouveau standard de monstration ont échouées, mais s’infiltre dans cette indétermination spatiale que nous expérimentons tous. Il ne s’agit pas de se rassurer en disant que la galerie c’est finie, que le musée est terminé ou que les salles de cinéma sont désertées, car ces lieux persisteront dans leur disparition même, ils ont des spécificités, une certaine teneur esthétique. Il ne s’agit pas de se rassurer en disant que tout cela est fini et qu’il s’agit d’alller de l’avant, telle une avant-garde, ouvrant des friches, instanciant des TAZ, que sais-je encore. Il s’agit plutôt de déconstruire la réification des espaces pour un usage déterminée: tel lieu sert à telle chose. Et d’adopter un lieu pour une action donné, pour un temps donné, selon un protocole précis. Ce lieu ne deviendra pas le lieu définitif de l’action, mais un lieu de passage pour celle-ci. [...]