Dans le travail de Ken Goldberg il y a l’intelligence du lieu.

Exposer dans une galerie une boite noire dont l’intérieur n’est manipulable et visible qu’à partir d’internet c’est exposer l’espace de la galerie à sa propre limite et la retourner comme un gant vers son extériorité (le réseau). La boite noire est un point mort dans l’espace, inutilisable, invisible, refermée sur elle-même de façon autistique, et dans le secret de son intériorité elle se réserve au réseau. La galerie a dès lors une fonction négative, on y montre rien, ce n’est pas un lieu d’exposition, on y témoigne d’une fissure dans l’espace, fissure que le réseau inscrit dans notre quotidien. En refusant la fétichisation de l’espace de la galerie, Goldberg explique le feuilletage des espaces médiatiques et géographiques, ils coexistent pas seulement selon une logique d’entente et de complémentarité mais de manque. Dans la galerie il manque la vision de l’oeuvre, même si elle est là c’est une boite noire, rien de plus. Internet, d’un autre côté, n’est pas la solution qui rendrait tout visible, tout manipulable et sensible, car l’image de la webcam qui nous permet de voir l’intérieur est (volontairement) de mauvaise qualité, les boutons qui permettent de moduler la lumière de la boite sont simplistes, bref il y a une certaine déception, non un sentiment de puissance dans le réseau.