09 août

Revenances

Revenances est une proposition artistique en réseau réalisée par Grégory Chatonsky et Reynald Drouhin au C3 (Budapest, Hongrie) avec l’aide du CICV et de l’AFAA.

Produced at the C3 (Budapest, Hungary) by Gregory Chatonsky and Reynald Drouhin, Revenances* is an online art project which was sponsored by the CICV and the AFAA.

« Chaque époque a ses fantômes (et nous avons les nôtres), sa propre expérience, son propre medium et ses propres media hantologiques. »
« Every period has its own ghosts ( and we have ours ), its own experience, its own medium and hauntologic media. »
(Jacques Derrida, Spectres de Marx)

La Revenance des spectres, des séparations et du contact. La Revenance de la fiction et des histoires, de l’histoire.
Franchir les limites entre la logique des fantômes et les technologies du virtuel.
Le fantôme, les fantasmes, l’image présente et absente.
La nuit, l’infra-mince de nos peaux qui se touchent.
L’envoutement de nos distances et de nos solitudes.
Proposer au visiteur une N.D.E. (Near Dead Experience) en guise d’histoire(s) d’amour.

The Revenance of the ghosts, of the separations and contact. The Revenance of fiction, of stories, of the history.
Stepping the frontiers between ghost logic and virtual technologies.
Ghost, fantasies, present and absent images.
At night, the contact of the infra-mince of our skin.
Bewitching our distances and solitudes.
Proposing the viewer an N.D.E. (Near Dead Experience) as a love story(ies).

« Une des croyances les plus répandues au sujet de l’au-delà de la mort veut que l’individu revienne sous une autre forme, celle du fantôme, du spectre, du double invisible de l’être prenant le relais après le décès[1]. Selon ces conceptions, bien qu’absents de ce monde, invisibles aux yeux des vivants, intangibles, les spectres continueraient néanmoins d’être présents et se manifesteraient par l’intermédiaire de médiums.

Revenances propose de considérer le Web comme un de ces médiums, c’est-à-dire comme un espace de communication entre les vivants et les trépassés. Le projet invite le spectateur à partir à la rencontre des fantômes, à tendre la main à ces présences captives de l’autre monde et à les y rejoindre. Son parcours l’amène à s’engager dans une succession de lieux dépouillés dont il ne subsiste que le tracé, silhouette réduite à son squelette. Dans ces salles évidées, des images floues d’êtres lointains apparaissent et disparaissent, échappant à la saisie et au dialogue. Le visiteur s’enfonce ainsi dans une mise en abyme de lieux, sans pouvoir retourner sur ses pas, atteindre une destination ou réaliser de véritables échanges. Retenu au sein de ce non-lieu, il se rend compte, peu à peu, que son propre comportement ressemble à celui des revenants dont il a perçu la présence fugace. L’oeuvre rend ainsi manifestes l’ambiguïté spatiale du Web, ainsi que le statut – non moins problématique – de l’individu au sein de celui-ci et de la nature des échanges qui s’y déroulent. Dans ce non-lieu, le visiteur se déplace d’un nulle part à un autre, s’extrait de la vie, interrompt sa continuité dans l’espace réel pour adopter une cyber-identité, une cyber-existence. Il communique avec d’autres individus qui errent comme lui dans l’espace numérique, auto-effacés du réel, décorporalisés et déracinés eux aussi. Dans cet univers, le désir de l’autre subsiste néanmoins, mais s’agit-il toujours de l’autre, après tout? C’est bien ce sur quoi l’oeuvre porte à réfléchir. La « mort du contact humain » résultant des technologies de la communication ne signifie pas la mort du contact mais plutôt une certaine mort de l’humain, amenant à revoir, à tout le moins, l’indissociation corps-esprit, et à regarder du côté du dualisme. Elle demande de concevoir le rapport aux autres hors de cette adhérence corporelle, de cet ancrage physique, et de considérer les décalages et les transformations de l’être qui ont cours dans le cyberespace. »

(Sylvie Parent, CIAC Biennale d’art contemporain de Montréal)

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