09 avr

Une fiction sans action

Le moteur de la fiction interactive n’est pas l’action, que ce soit l’action sur l’écran ou l’action de l’utilisateur. Il serait naïf de penser que celui-ci devient « le héros de l’histoire », que le principe d’action se reporte sur lui. En effet il est très difficile, comme auteur, initiateur, programmeur du projet, d’incorporer les événements sous la forme d’actions car alors on réduit les possibles, on les limite à ce qui est inscrit. Tout ce passe comme si cela, ce qui se passe, ne peut s’inscrire. Et il y a là un paradoxe profond: les nouveaux supports de mémoire non-linéaire raconte des histoires par ce qui est dans le défaut même de l’inscription. On ne nommera pas cela l’ininscriptible, car cela sonnera comme un nouvel innefable, mais le défaut même de la mémoire. Tout se passe alors comme si les différents plans de la fiction interactive, actions, événements, motivaions, etc. ne pouvaient jamais se rejoindre, se confondre dans une forme définie. C’est peut-être pour cette raison que la fiction numérique est en formation continuée, toujours et encore. Elle ne résoud pas le flux existentiel dans une prise de forme (une histoire cohérent et structurée) mais dans une formation (des histoires à peine commencées et structurables, en structuration). Continuer dans ce doute infini, dans ce trouble ontologique, c’est tenir le pas gagné.

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