© 2006 Grégory

L’espace: un affect technologique

Lorsque nous sommes face à l’écran, nous promenant sur Internet, c’est tout un réseau d’affects qui se tisse. Et chacun de ces affects, qu’ici nous séparons des autres d’une façon simplement théorique, a des origines antérieures aux supports technologiques.

Il y a sans doute dans la navigation quelque chose d’un sentiment de maîtrise qui tente de gagner du temps en gagnant de l’espace (explorant des possibilités nouvelles de celui-ci), régime maritime qui n’est pas sans rapport avec les grandes explorations entre le 16ème et 18ème siècle.

Il y a encore la promenade, figure du flâneur thématisé par Walter Benjamin et Charles Baudelaire, figure anonyme de celui qui se perd dans la foule, dans le réseau urbain, dans les entrelacements des ruelles parisiennes. On ne pense qu’en marchant (de Kant et ses promenades journalières à Kafka).

Dans chacun de ces cas c’est un certain régime de la motricité aidée par une technologie (interne ou externe au déplacement) qui se relie à un certain affect. Pour quelle raison les affects sont-ils profondément liés à un mode de déplacement. C’est que ce dernier est une articulation esthétique entre le temps et l’espace: quand je me déplace la jointure espace/temps, toujours sous-jacente à mon existence, se présente de façon plus explicite et est thématisée comme telle dans le déplacement. La qualité du temps et de l’espace selon le déplacement change du tout au tout.

Que penser dès lors du déplacement ferroviaire? De ce regard que nous perdons dans la vitre pour fixer le paysage défiler sous nos yeux et se perdre dans notre déplacement? Comment oublier ces millions d’êtres humains qui au fil des deux derniers siècles ont pris le train, ont ressenti cet étrange affect du déplacement? Et cet ébranlement du démarrage? Et ces arrêts en gare? Et les billets? Et ceux qui les vérifient? C’est sans doute parce que le train articule le transport à l’habitation (on y dort, on y marche, on y mange, etc.) qu’il est l’un des affects technologiques les plus puissants dans notre dispositif esthétique actuel. Il faudrait analyser finement la façon dont le train configure de part en part nos attentes, nos déceptions, nos sensations lorsque nous nous déplaçons (dé-placer: en changeant de place changer ce que veut dire le verbe « placer »). Rattacher à chacune des expériences ferroviaires des affects. Comprendre pourquoi l’origine du cinéma (l’affect du XXème siècle) est le train des frères Lumière, à Abel Gance, jusqu’à Alfred Hitchcock et au-delà.

http://incident.net/users/gregory/wordpress/01-sur-terrenet/

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  1. [...] La psychanalyse fait ses premiers pas à travers les paysages d’un monde bouleversé par une invention technologique majeure, le chemin de fer qui, avant d’être un événement historique, est un véritable traumatisme affectant les catégories de l’espace et du temps. [...]

  2. By Le flâneur calculé / Gregory Chatonsky on 6 juin 2007 at 8:43

    [...] l’image utilisée, et mise en pratique, est celle du flâneur héritée du XIXème siècle avec son extension situationniste de la dérive urbaine (on pourrait bien sûr parcourir [...]

  3. [...] l’esthétique est de plus en plus une construction spatiale, alors que le XXème siècle avait privilégié la temporalité par la domination du [...]

  4. [...] L’espace: un affect technologique / Gregory Chatonsky: “Gregory Chatonsky Flussgeist # CURRICULUM VITÆ MÉDIAS INSCRIPTION ARCHIVES La fiction de l’espace, Ecole Nationale Supérieure d’Arts Paris-Cergy A travers la fenêtre Qu’est-ce que l’imagination technologique? Le flâneur calculé La conjuration d’Ars Industralis < Plus d’adresseFiction privée > L’espace: un affect technologique / 10 04 06 / Sur terre, Travaux, Théorie Mots clés : No Tags. [...]

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