
Même lorsqu’une société occidentale semble bien réglée, à la manière du Canada, cet équilibre désigne une extériorité: le scandale de ces millions d’êtres qui sont affamés, déplacés, tués. Au travers des corps et des regards, tantôt amicaux, tantôt indifférents, dans un bus de Montréal, il y a l’autre visage hagard, de celui qu’on fait taire.
Dans la prétendue douceur de nos sociétés il y a, en leur coeur même, l’horreur de ceux qu’on tue. Et peu importe que cette extermination soit volontaire ou non, décidée par une instance supérieure et totalitaire. La volonté de tuer ne change que la visée de celui qui tue. Ce serait réduire la palpitation de vie et de mort de celui qui est tué à un univers symbolique, celui qui interprète les visées de celui qui tue. Mais il y a l’élément biologique, le vivant. Et dans nos corps, encore vivants, il y a ceux qui sont en train de mourir. Ce sera donc notre seule présence.