Il y aurait un parallélisme mais débarassé de toute ressemblance, de tout mimétisme et de toute représentation entre la défaillance technologique et la finitude humaine. Ou si vous voulez une ressemblance informe au sens de Bataille, une proximité contre nature, une empathie déraissonnable entre ces deux structures. Jamais ce parallélisme ne se résumera à une dialectique permettant de faire se rejoindre ou se disjoindre définitivement les deux éléments. Il faudra tenir entre ce parallélisme.
J’avais esquissé le mouvement de ce parallélisme dans un article sur l’apport de la philosophie bergsonienne à l’esthétique des arts numériques. Mais pour éviter tout anthropomorphisme ou technomorphisme, il me faudrait encore éclairer l’écart de ces deux droites qui se suivent mais jamais ne se rejoignent.
Il y a la finitude de l’existence humaine, mortelle, désirante, transductive. Mais il y a également cette limite des technologies, la panne, l’incident mais aussi le ralentissement, le suspend, l’arrêt, l’accélération, le message non désiré, le spam, le trop d’informations. Bref tout ce qui dans les technologies nous embarassent, et pas seulement d’une instrumentalité dont le mode d’emploi serait préétabli par un architecte, mais aussi simplement dans l’expérience, la rencontre égarante avec une matière. Transduction mais de frayage, de ratage, de balayage. Car pour qu’il y ait information, il faut bien (c’est ce que remarque à sa manière Bergson, et c’est là son génie) qu’il y ait attente et rétention, perte, différence. Transmission veut dire arrêt dans la communication, passage d’un régime à un autre, choix et complexification des systèmes. Il y a des petits riens dans les technologies et ces riens constituent l’expérience technologique.
Comment ne pas entendre dans ces arrêts comme un écho (et on a bien du mal à se séparer du langage de la mimésis, mais avançons malgré tout) des arrêts humains? Ce serait l’enjeu d’une esthétique des technologies que de problématiser cette ressemblance informe. Il ne s’agirait pas d’assembler terme à terme les deux ensembles en tentant de trouver dans les événements technologiques des représentations d’autres éléments, plus humains et existenciaux, de dire que la panne est comme cette pauvreté de la pensée et de ses ratés, car dans le comme il y aurait le fondement impensé de la cybernétique, d’une ressemblance qui simplifie et qui, si elle est pertinente pour produire (faire un ordinateur par exemple) n’est pas adaptée à la théorisation de ce qui advient par une telle performation.
Il s’agirait plutôt d’analyser la transduction entre ce qui advient technologiquement et ce qui advient humainement. L’usage des mots « technologiquement » et « humainement » n’indiquent pas une identité, ce qui serait proprement technologique ou proprement humain, mais plutôt une perspective en mouvement. Comment ça se tra(ns)duit entre les deux? Par quels effets de boucles et de rétroactions les deux se nourrissent l’un l’autre, mais en gardant cette distance parallèle? Et que ce soit justement cette infinie distance qui soit ce qui possibilise leur transduction réciproque. Ca résiste parce que ça résiste en moi et envers moi. Ce que Deleuze avait intelligement nommé le paradoxe du sens intime dans Différence et répétition se transduit aujourd’hui avec cet autre paradoxe, celui technologique, de la fonction et de l’incident.

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[...] Tout se passe comme si le parallélisme entre la défaillance ou l’ouverture technologiques et l’indétermination humaine dont nous avons parlé ailleurs s’articulait dans certaines images. Celles-ci ne répondent pas à l’hylémorphisme matière-forme, elles sont non seulement prises sur le réseau mais la genèse même de leur transmission est sensible, on sait qu’elles viennent de tel endroit, selon tels mots-clés ou telles autres informations. En ce sens ces images nous arrivent, elles nous parviennent parce que les modalités de leur extraction sans être explicites sont sensibles. Le temps d’attente et de chargement est aussi une variable sur laquelle on peut jouer positivement comme advenue de l’image. Ainsi l’indétermination humaine est affectée (mais de quelle façon? Par quel médiateur?) par la défaillance en tant qu’elle est en réseau selon le mode de la transduction touchant de proche en proche. [...]
[...] La question du parallélisme entre le flux de la conscience et le flux numérique incident.net/users/gregory/wordpress/11-parallelisme/ [...]