Croiser Brad Todd, apprendre le décès de Huillet, revoir un ou deux Cassavettes. Savoir que l’attrait pour l’ordinateur est l’attrait pour une certaine forme d’indépendance en terme de production. Ne dépendre de personne, ou presque, rêver en tout cas de cette indépendance, pour réaliser l’oeuvre qu’on projette et ouvrir un possible. Inscrire donc le projet dans sa vie.
Chercher une certaine autonomie alors que la société commune est régie par la division du travail. Se méfier d’une conception techniciste de l’art, ou l’artiste fait appel à un ingénieur pour réaliser son idée, parce que cet appel disjoint le projet de sa réalisation et reproduit une division de la production, une dépendance. Conquérir son indépendance en terme de production coûte que coûte, acheter les machines, auto-financer les travaux, demander des subventions mais ne jamais se limiter à une seule méthode de financement. Se souvenir à 18 ans qu’on avait acheté des ordinateurs, des magnétoscopes, comme une frénésie de consommation mais qui cachait bien autre chose: acheter des machines pour faire quelque chose, des machines insatisfaisantes qu premier abord car il faut les mettre en route et en faire quelque chose. Se souvenir de cette perte là, de ce désir de construire sa maison, son home studio comme chacun d’entre nous. Entasser les disques durs pour sauvegarder sa mémoire, valoriser pourtant le présent de la production, chercher l’instant propice à la rencontre hasardeuse avec une matière.
Être dans la situation d’un travail que personne ne désire ni n’attend, quelque chose d’inutile qui subsiste. Si ça s’arrête, les expositions, les demandes des commissaires, les appels à projets, les résidences, continuer encore, si tout ça s’arrête. Ou faire autre chose si ça continue encore et encore. Rester un amateur.
3 Comments
Être un artisan, penser à l’homme qui a travaillé sa terre des années durant, des siècles.
Penser au désarroi du « philosophe en méditation » de Rembrandt, à cette minuscule lumière qui l’auréole et à l’enroulement sans fin en spirale de l’escalier qui part dans l’obscurité.
Se souvenir de l’odeur de la terre, comme ce cosmonaute russe à qui l’on demande, dans « out of the present’, qu’elle est la première chose qui ‘marque » quand l’on retourne sur terre, et lui de répondre « la terre, l’odeur de la terre ».
Ne pas oublier cette poussière, de la désagragation de tout matériau, et cette poussière encore d’où « tout arrive », qui prend forme, qui se promène aussi sur l’écran du cinéma : on a fait qu’aggréger quelques poussière et mettre de la vie dedans, avec des machines qui tournent, des roues, des poulies, un pendule qui se balance dans le temps.
Faire oeuvre de patience.
Lors de le conférence de Michel de Broin, un camarade lui a posé une question ayant rapport à sa sculpture Stick to Resist http://www.micheldebroin.org/projects/mif/6.html. Cet étudiant semblait remettre en cause le contexte de diffusion de la pièce : Ne perdait t’elle pas d’impact (mais ce mot n’est peut être pas bien choisi puisque l’objet ressemble à une bombe) en la présentant comme un produit de design presque sans danger? En effet, le potentiel de réaction est désarçonné en présentant l’œuvre ainsi, ce qui doit faciliter la diffusion et des problèmes avec les autorités. Mais l’artiste a sûrement fait ce choix pour d’autres raisons.
Je me demande si cet aspect de la pièce, même si elle n’est pas une image-relation, pourrait exemplifier le rapport entre pouvoir et déception dont on parlait ce matin; c’est-à-dire le fait qu’une œuvre interactive « réussie » doit en quelque sorte décevoir le spectateur?
Très bonne application de la notion d’image-relation à un travail non-numérique (quoique…).
Si l’artiste avait choisi son « camp » et avait fait croire à une véritable bombe, il aurait finalement rendu impossible la relation à elle. Cela aurait été une simple dénonciation, politiquement correcte, de la politique sécuritaire en France. Mais en présentant le simulacre comme simulacre, il permet la distanciation. Il n’y a pas de relation sans distance.
En d’autres termes, on ne sait pas si c,est une bombe, si c’est un simulacre, surtout on ne sait pas quelle est la position de l’artiste. Ce qui nous importe est la passibilité: l’attentat et la sécurité sont des simulacres comme nous l’avons vu ce matin en explicitant la relation entre les événements du 11 septembre et le cinéma hollywoodien.
Une image-relation est une image dont l’identité n’est pas définie et qui est une présentation des relations: la bombe est-elle un semblant? Est-ce un jeu? Et que veut dire l’artiste au juste? « Made in France » est exactement de cet ordre,