« Un enfant joue au puzzle. La scène est prise dans une grande fulgurance. L’enfant est seul, de l’autre côté, au bord, sans tomber. C’est le silence. Le puzzle est fait d’un nombre infini de pièces presque impalpables, elles ne portent aucune trace de dessin, elles sont indiscernables, elles s’ajustent toutes indifférement les unes aux autres, et cependant aucune ne joint bien. L’enfant, d’un rythme égal, essaie toutes les combinaisons, il n’en exclut aucune, elles sont toutes possibles. Le puzzle est sans télos, mais aussi sans modèle, il ne représentera rien. Le jeu est sans règle. De temps en temps, l’enfant occupe la place du joueur, mais il est aussi l’une des pièces du puzzle. Il n’y a ni avant ni après, la partie est sans fin, et cependant complète à chaque instant sitôt que deux pièces quelconques se sont trouvées vaguement ajustées. La scène a été donnée dans un éclair, aussitôt suivi d’opacité. Eclair nuit. »
(Patrice Loraux, Le tempo de la pensée)
