Les murs noirs du théâtre.
Les murs blancs de la galerie.
Deux espaces de projection qui n’ont cessé de se confronter au cours du temps. D’une époque où l’écriture théâtrale était un art tandis que les arts visuels n’étaient que des arts mécaniques, à cette autre où la figure du peintre est celle là même de l’artiste.
La lecture d’un texte ou comment quelqu’un vole ma voix intérieure.
Le texte et l’espace: le passage du texte sur la page (espace) au texte sur l’écran (temps).
Des lieux désertés, dépeuplés. Que deviendront les salles de théâtre une fois qu’il n’y aura plus de pièce?
Grégory Chatonsky « Un théâtre déserté »
Ollivier Dyens
Eve K. Tremblay « Le deuil de l’actrice »
Stacey Christodoulou
A propos de l’art minimal:
« Le théâtre est maintenant la négation de l’art. (…). Le succès même ou la survivance des expressions artistiques dépend de plus en plus de leur capacité à mettre en échec le théâtre (…) Les expressions artistiques dégénèrent à mesure qu’elles deviennent théâtre ».
(M. Fried, Art and Objecthood, 1967, p. 27)
Voir également le traité de Tertullien contre le théâtre, De spectaculis, et « La couleur de chair, ou le paradoxe de Tertullien » Nouvelle Revue de Psychanalyse, XXXV, 1987, p. 9-49.
19h
La Chapelle
3700, rue Saint-Dominique Montréal (QC) H2X 2X7
Métro Sherbrooke ou Saint-Laurent; Autobus 144 ou 55
Infos: (514) 843-7738


3 Comments
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le sujet m’a l’air intéressant; je serai certainnement venue voir la conférence; dommage que j’habite à paris …;
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il n’y a plus de « pièce » au théâtre depuis bien longtemps Grégory. Le terme même est désuet. Et la scène des arts vivants est plus occupée que ce que tu ne le penses ou le dis. La question de la mort/fin du théâtre est moins récurrente qu’au cinéma mais elle est présente, sinon ce que tu nommes les « salles » n’existeraient plus.
La question que tu poses « Le théâtre est-il resté aristotélicien » est un peu pré-brechtienne et ne se pose plus en ces termes. Ce n’est pas possible d’occulter des décennies de réflexion et d’expériences sous le jeu de l’intuition.
Tiens, ne serait-ce que Roméo Castellucci…
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La critique de la théâtralité dans les arts visuels a une longue histoire et il ne s’agit aucunement pour moi de la réitérer mais de la jouer, de la représenter. Il va de soi que ce rejet de la théâtralité est naïf mais cette naïveté m’intéresse car elle questionne l’interdisciplinarité comme conflit et surtout parce qu’elle est un lieu commun. Je vais essayer d’expliquer comment.
Le dispositif même (souvent détourné et dans ce détournement même rejoué) fait que la question de la représentation se pose avec force.
La contemporanéité du théâtre doit-il nous empêcher de jouer avec le cliché du théâtre (comme on peut jouer avec les clichés de l’art contemporain)?
Ces clichés ne sont-ils pas le sens commun qui imprègnent de part en part l’esthétique (c’est-à-dire la perception par des publics)?
Le lieu théâtre (je ne parle ni de l’idée, ni des pièces) n’est-il pas hanté, de part en part, par son héritage, l’histoire même de la mimésis?
Ne pas se poser ces questions c’est un peu comme si dans le romanesque on croyait parce qu’il y a eu Joyce, Beckett, Robbe-Grillet, etc. que le roman n’existe donc plus, que le roman contemporain ne doit plus questionner les clichés, le sens commun, l’horizon d’attente du public, les lieux communs de la textualité. Or, bien sûr, les deux plans se juxtaposent, coexistent et se codéterminent.
Savoir si le théâtre doit ou peut échapper à la mimésis me semble donc une question qu’il n’est pas si simple à résoudre: la présence récurrente de figures humaines (même si certaines expériences théâtrâles sont sans ces figures) implique un face à face, une identification. Le dispositif lui-même, j’y reviens, le fait que celui-ci soit donné (et non pas à construire dans la « neutralité » de l’espace blanc de la galerie), que ce don doit détourné, renversé, reconfiguré par certains, fait que le public ne va pas au théâtre comme dans un musée ou une galerie, ou dans la rue.
Les théâtres sont des lieux déterminés.
Un exemple, lors de la monstration du dispositif « Lecture » à La Chapelle, bon nombre des gens se mettaient sur les gradins et attendaient que quelqu’un d’autre interagisse avec le microphone. Comment expliquer cette réaction fort intéressante, si ce n’est par le fait que le lieu détermine une certaine configuration esthétique: la passivité de celui qui regarde dans l’écart de la mimésis? Ce n’est pas dire là que le théâtre est figé, mais peut-être que son devenir doit jouer de ces prédéterminations. C’est aussi une manière de ne pas laisser ce lieu à des spécialistes, sans doute renseignés par les avancées contemporaines (comme peuvent l’être les artistes visuels) e d’y entrer par effraction, en amateur en jouant de ce que les spécialistes du théâtre croient avoir depuis longtemps dépassés.
D’ailleurs la grande majorité de la production vivante adopte, que nous l’aimions ou non, le dispositif théâtral tel quel. Faut-il en faire abstraction?
Un dernier détail: nous pourrions en parler, car justement dans certains de tes dispositifs, il y a selon moi une forte théâtralité, cette représentation, ce qui n’est bien sûr pas une critique: une scène surélevée (la distance comme possibilité de catharsis), le corps humain (auquel on peut s’identifier, en tout cas qui est à notre dimension), les thèmes existentiels (le sexe, la rencontre, etc.) Et je perçois même un certain désir d’authenticité: dans un texte tu questionnes la possibilité de la rencontre véritable au regard de la virtualité. Ou encore: tu proposes au public d’aller en « coulisses » pour voir un dispositif, mais c’est bien une coulisse de théâtre, à côté d’une scène de laquelle tu tentes d’échapper. Nous sommes bien au théâtre, il y a des gens de théâtre, d’autres aussi. Nous ne voyons pas une « pièce » mais nous sommes dans un certain contexte et c’est d’ailleurs ce contexte qui t’intéresse et la transformation de ce dernier car sinon pourquoi l’adopter? Une des questions est dès lors de savoir, même si les champs disciplinaires se croisent et sont incertains, si la performance est plutôt de l’ordre théâtrale ou plastique. J’ai tendance à opter pour la première solution.