« IBM et l’holocauste »… Passons sur le titre, c’est un ouvrage américain. Malgré une certaine virulence de l’auteur, les documents semblent valables et le propos est argumenté. Si tout cela se révèle vrai, cela aura quelques conséquences sur ma conception et mon usage de l’informatique. En effet, j’avais naïvement cru à une distinction historique entre les techniques industrielles et les technologies de traitement de l’information. Je répartissais ainsi les premières du côté de la Shoah et les secondes du côté militaire (cf Enigma). Bien sûr ce raisonnement avait ses limites dans la mesure où l’organisation concentrationnaire était également fondée sur une structure de type militaire et administrative, mais je pensais malgré tout pourvoir distinguer deux plans historiques, et donc deux horizons différents. Ce livre démontre à renfort de documents d’archives et de recoupements judicieux, l’implication d’IBM et de ses machines calculants à l’origine des ordinateurs dans l’organisation, la planification de la Shoah et du système concentrationnaire. Au-delà de la question morale, qui m’intéresse assez peu, ceci signifierait que la computation est fondée (mais pas seulement) non sur la production d’informations, mais sur l’organisation d’informations pour contrôler des êtres humains. Remettant ainsi en cause le statut productif et imaginaire de l’informatique, statut qui deviendrait le fantasme de quelques artistes, la fonction primordiale de celle-ci serait le traitement des individus et leur « rationnalisation », leur quantification, leur réification. Sans vouloir tomber dans les simplifications de Virilio, la question du contrôle, de la maîtrise sera au coeur des problématiques du cyberespace. Tout le problème est de problématiser cette idée hors de toute perspective moraliste et dénonciatrice.
13 mar
By Grégory. Posted 13 mars 2001 at 8:56 . Filed under Politique. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
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2 Comments
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Bonjour Gregory,
J’ai pensé à peu près la même chose que vous au moment où j’ai découvert le livre. Aujourd’hui le problème est que le numérique est incontournable dans la plupart des activités humaines et que ce pan de l’histoire de ses origines, peu connu, reste un épine dans le pieds avec laquelle on est bien obligé de continuer à marcher.
Puis-je vous citer ?
Cordialement
Roland Cahen
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oui bien sûr
à lier sans doute avec la notion d’informatique de la domination chez Harraway.