13 fév

Invisibilité et immatérialité

On parle souvent d’immatérialité concernant l’art numérique, ce qui me semble constituer une erreur conceptuelle. Il faut préférer la notion d’invisibilité (Devautour). En effet cette dernière notion concerne l’esthétique alors que la première est ontologique. Etre immatériel c’est ne pas être (en tout cas à un niveau macroscopique, je n’exclus pas les matérialités paradoxales que les physiciens contemporains expérimentent). Etre invisible c’est ne pas être sensible, ce qui ne veut pas dire que cela n’est pas (l’atome est et n’est pas visible à l’oeil nu). Quand on dit qu’une expérimentation artistique est immatérielle on ne dit pas qu’elle n’est pas sensible (l’atome a beau ne pas être sensible, il reste matériel), on dit qu’elle n’est pas. La mémoire et les processus informatiques ne sont en rien immatériels, ils sont inscrits et transitent dans des supports matériels, et le fait que leurs flux ne soient sensibles qu’au travers une interface de visualisation (l’écran) n’indiquent pas leur immatérialité mais leur modalité de visualisation qui les rend sensibles. L’invisibilité (ou l’inaudibilité, etc.) est du côté de la relation, ce qui est visible est rendu visible par une double visée, de l’objet vers moi et de moi vers l’objet (rendant d’ailleurs cette séparation sujet/objet problématique). L’immatérialité est du côté de la détermination du mode d’être comme tel, c’est une détermination phsyico-ontologique qui ne correspond aucunement aux phénomènes que nous cotoyons.

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