Le chiffre du corps étranger

septembre 13th, 2007 § 2

Des tests génétiques pour le regroupement familial

« Les députés ont franchi un pas, mercredi 12 septembre, dans la gestion de l’immigration : la commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté un amendement autorisant le recours aux tests ADN lors de la délivrance des visas de plus de trois mois. « En cas de doute sérieux sur l’authenticité de l’acte d’état civil », les agents diplomatiques ou consulaires pourront « proposer » au demandeur d’un visa « d’exercer, à ses frais, la faculté de solliciter la comparaison de ses empreintes génétiques aux fins de vérification d’une filiation biologique déclarée ». « 

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Donc ils vont tester génétiquement les immigrés et définir la famille selon ce fameux code. Ce serait fait, peut-être maintenant, peut-être plus tard. Cela aura lieu. Cela a eu lieu déjà.

L’extériorité, l’étranger, le dehors peut être quantifié, modélisé, identifié. Il ne s’agit pas de l’accueillir de façon inconditionnelle parce qu’il est inanticipable, parce qu’il est justement ce qui vient, l’à venir, mais de le recevoir en définissant sa recevabilité, s’il correspond aux critères définis par le dedans.

La première étape était de le quantifier économiquement, de savoir s’il correspondait au marché du travail, de l’associer à un chiffre, à une rentabilité. Dictature de l’économie qui semble incontestabe aujourd’hui. Logiquement ce chiffre vient se greffer maintenant sur le corps, pas seulement sur une action du corps (le travail), mais aussi sa filiation, ses origines, son devenir. La famille devient génétique, avoir des enfants c’est se reproduire, c’est une activité de brassage génétique.

Ils ont enfin trouvés le chiffre (au sens du code) des corps étrangers. Après les avoir ouverts, disséqués, tués, ils ont enfin inventés le secret de ces corps. Ils pourront maintenant les lire et dire à haute voix ce qu’ils cachent.

Retour à l’identité (elle n’avait jamais quitté la hantise politique), retour de la Terreur, à celle du corps en tant qu’elle se réduit à une entreprise techno-scientifique. Ce qui est intéressant là est que la techno-science ne permet pas d’approcher les phénomènes mais les construit de part en part. C’est performatif. Car la relation familiale peut-elle, doit-elle se définir par le génétique? Es-ce là sa vérité? Et à quoi pensez-nous (à quoi pensent-ils? car je ne serais jamais avec eux même hypothétiquement) quand ils estiment avec un tel test dire la vérité familiale, détenir l’ultime preuve, prononcer le dernier mot, comme si la discussion sur ce qu’est une famille pouvait avoir une fin, comme si justement avoir des enfants, des parents, des ancêtres et des descendants, comme si cela pouvait s’arrêter. En donnant le dernier mot de la filiation, on commence à exterminer et on peut être sûr que celle-ci passera à l’acte, de symbolique et langagière, elle fera disparaître les corps réels.

La tradition historique de cet amendement est claire: il s’agit de la doctrine raciale et génétique, de ce qui s’est inventée en Europe au milieu du XIXe siècle (Godineau, Houston Steward Chamberlain, Vacher de Lapouge ) et que les nationaux socialistes ont appliqués sans avoir tous les moyens dont les politiques, les fonctionaires, la banalité du mal disposent aujourd’hui.

Voilà où ils en sont. Voilà pourquoi il faudra se battre pour laisser une place à celui qui vient, sans réserve.

§ 2 Responses to “Le chiffre du corps étranger”

  • Gaspard dit :

    « Alors que la machine guerre et la machine vision sont des dispositifs utiles de compréhension des structures et dynamiques des environnements sociaux, ils sont d’une aide moindre pour guider
    les vecteurs de résistance à travers la nouvelle frontière interne de l’invasion du corps (l’espace
    autonome de la machine chair). Le corps est sur le point d’être placé sous une nouvelle gestion,
    et comme tout phénomène culturel externe, il sera fabriqué pour fonctionner de manière instrumentale, répondant mieux aux impératifs du pancapitalisme (production, consommation, et ordonnance). Actuellement, les tentatives des vecteurs du pouvoir pancapitalste d’inscrire ces impératifs directement dans le code de la chair initialisent une nouvelle vague d’eugénisme. »

    Au passage du Critical Art Ensemble (Machine Chair), j’associerai cette rumeur concernant les chimères élaborées à partir de souches humaines et souches animales (lapins, bovins). Activité déjà pratiquée par les Etats-Unis et la Chine et permise aujourd’hui par la Grande-Bretagne. Sous un cadre légiférant ces pratiques mais les officialisant simultanément, la dissection du corps biologique au profit du corps de données, du corps de contrôle s’accroît. L’actualité justifie (prétexte) ce qui se généralisera à grande échelle. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est finalement l’acceptation de ces perceptions. Le discours ne s’élabore même plus dans une visée démagogique, nous n’avons que faire de la consensualité, il s’impose dans une vérité crue. Quelle posture devons-nous choisir face aux avancées de la biotechnologie lorsque celle-ci se dôte d’une mission humanitaire, améliorer le quotidien de chacun, déceler les maladies plus tôt, substituer les organes défectueux… Seul l’étendard de l’eugénisme nous rappelle à l’ordre, mais le discours dominant a vite fait de prendre le dessus sur nos intuitions…

  • Sorence Pierret dit :

    de la part de claude (favre)

    … affaire à suivere…

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