Nous nous spatialisons quotidiennement grâce à la stéréophonie et à la stéréoscopie. Notre corps lui-même est divisé en deux parties qui se ressemblent sans être absolument identiques : deux mains, deux bras, deux jambes, deux pieds, deux yeux, deux oreilles, etc. Etrange parcours de cette symétrie bilatérale du corps humain qui divise en deux la perception du monde pour ensuite superposer ces deux images, ces deux sons afin de pouvoir reconstituer l’unité d’un monde.
L’industralisation de la perception commence au XIXème siècle et plonge ses racines dans la camera obscura du XVIème siècle: la vision peut être artificiellement isolée et devient donc à son tour observable, un élément de spécularité. La séparation des sens et leur recomposition technologique dans des machines de vision forme un événement dont la compréhension reste décisive pour notre contemporanéité. Ici s’invente un nouveau corps qui est simulable et un nouveau rapport de forces.
Le physiologiste Charles Wheastone découvre en 1833 le parallaxe binoculaire, c’est-à-dire le nombre degré selon lequel l’angle des axes de chacun des yeux diffère quand il est concentré sur le même point. L’organisme humain a ainsi la capacité de synthétiser la disparité rétinienne en une image unique. L’expérience perceptive est essentiellement une appréhension des différences. La relation de l’observateur à l’objet n’est pas d’identité mais une expérience d’images disjointes et divergentes. Comme le phénakistiscope et les autres machines de vision non-projectives, le stéréoscope exige la proximité physique et l’immobilité du spectateur.

I/O Stereo propose de rendre sensible ce processus inapparent de découpage et de recomposition de l’information sensorielle et de montrer que les deux figures symétriques ne sont pas substituables, que la perception est affaire de disjointure plutôt que d’identité.
I/O Stereo est une machine de vision anaglyphique et un système stéréophonique. L’image est en relief tout comme le son, de sorte que l’effet de spatialisation est saisissant. Toutefois le référent choisi, un tunnel, a de telles propriétés de circulation que la synchronisation des images et des sons est perturbante. La temporalité est une structure a priori de l’observation. Ce tunnel est une distance entre deux images et deux sons, distance redoublée par les procédures techniques utilisées de stéréoscopie et de stéréophonie, redoublée une fois encore par le lieu d’exposition lui-même et les distances de monstration.
On choisira un espace commun dont la forme est à l’image du dispositif et permet tant visuellement que sonorement de dédoubler/redoubler l’information captée et de produire un espace dont les éléments entrent et sortent.
Un tunnel à double voie: synchronisation des passages de l’image et du son, distinction entre les voitures qui entrent et qui sortent du champ, effet de stéréo.
On filmera ce tunnel à l’entrée et à la sortie avec deux couples de deux caméras croisées (stéréoscopie) et deux couples de deux micros croisés (stéréophonie). On enregistera l’image et le son de la circulation.
Une co-production Videographe
Remerciements: Jean-Michel Ross