© 2007 Grégory

La ville (6)

LA COMUNAUTÉ À DISTANCE

Bcp de projets qui ont lieu dans la ville mais peu sur la ville.

Dans « Les ailes du désir » il y a une intuition étrange qui nous intéresse: le sentiment de proximité, l’empathie, la sensibilité et pour ainsi dire le pathos se réalisent à travers la compréhension infinie, celle entre les anges et les êtres humains, l’être-avec (Jean-Luc Nancy, La ville au loin).
La vile n’est pas un sujet anodin pour l’art. C’est son milieu quasi-naturel. Une exposition rentre dans un jeu de forces et de pouvoirs qui est celui de la ville. Mais plutôt que de considérer la ville comme une méta-structure emglobante, représentons-la comme un espace délimité. Il n’y aurait donc pas la ville, mais des infinités de villes singulières chacune ayant son « esprit », la particularité de son expérience.
Une ville semble évidente, elle est là, elle dispose du lieu, elle le dispense. Elle est souvent notre lieu de vie, notre quotidien. Mais imaginons nous sa forme tentaculaire et l’étrangeté de ses histoires, des millions de vies qui sont des milliards d’histoires dans les strates accumulées de son histoire. Fleury, « Berlin Chantier » comme tentative de dire cette stratification benjaminienne de la ville.

Un chien Andalou: passage public privé à partir du flux libidinal

La ville ouvre l’espace d’une liberté qui cependant ne se mesure pas en termes d’autonomie ni d’indépendance. Elle est un monde d’émancipation, mais il n’est pas réglé sur le modèle accompli d’une citoyenneté ni d’une civilité. L’urbanité est plus subtile et plus délicate, plus difficile et plus opaque. En ce sens, l’ethos de la ville n’est pas un ethos politique. Il est plus ou moins que cela, il est d’une autre espèce, plus policée et moins policière, plus affranchie et moins souveraine. L’« énergie de la rue » est plus désordonnée et a moins d’horizons que la pulsion politique : elle est plus déchaînée, elle se dépense plus. En elle ne règne ni l’intimité de la communauté, ni l’ordonnancement de la collectivité, ni la régulation de l’assemblée. Mais c’est elle en revanche qui donne à l’être-avec son plein régime. L’être-avec nomme un peu maladroitement ce pour quoi nous n’avons pas de nom : ni communion, ni communauté, ni association, ni groupe. La foule s’en approche, et elle appartient à la ville, à moins que ce ne soit l’inverse. Mais la foule tourne vite à la cohue, voire à la panique, et l’on parle ici d’autre chose : d’une multitude qui mêle et qui distingue en un seul mouvement.

Un par un tous ensemble, tous précipités les uns contre les autres et les uns à travers les autres, dans une géométrie urbaine où les parallèles se coupent et s’ignorent simultanément. Des ensembles nombreux se touchent par tous leurs points et se dispersent comme essaims pourchassés, comme grappes égrenées.

C’est l’enjeu de l’avec, de l’auprès de (sens latin de apud hoc, qui donne avec), la contiguïté ou la collection des gens sans assortiment, la proximité des lieux et des fonctions qui reste sans identité d’appartenance, sans cohésion ni cœrcition symbolique, sans assomption dans une représentation.

Sans doute, il en faut bien, il y a des images. New York aime à se dire qu’elle est N.Y., thebig apple, ou Noto, Noto, la « perle du baroque sicilien », tandis qu’Alexandrie, Pékin et Saint-Pétersbourg n’oublient rien de l’aura déposée par leurs fastes ancestraux, tout comme Paris entoure sa place de la Concorde des figures en pierre des grandes villes de la nation. Mais ces images sont des cartes postales. On y reconnaît Rome à Saint-Pierre, Séville à la Giralda et Rio au Pain de Sucre. La carte postale est à l’identité de la ville comme est à la personne sa photo d’identité : inexpressive, sans épaisseur, le contraire d’un portrait, une sorte d’indice ou d’icône au sens informatique ; un signe de reconnaissance, mais pas une présence, ni une rencontre.

Une ville, on y fait des rencontres, et on la rencontre aussi. Mais ce n’est pas la rencontre de quelqu’un, d’une unité individuée et bien silhouettée : c’est une traversée avec impressions et tâtonnements, avec hésitations et approximations. En vérité, c’est une approche qui ne finit pas, c’est un rendez-vous dont le lieu se déplace, et peut-être aussi la personne.

C’est toujours aussi une gerbe de traits divisée, une composition fendue. Seule constance, peut-être, de ville en ville : la division des riches et des pauvres, leurs éloignements, leurs refoulements, à l’Est ou à l’Ouest, en ceintures ou en mansardes, en zones et en signes. Toujours recommencent une expulsion et une reprise, toujours se conforte à nouveau le domaine bourgeois avec des remparts invisibles mais puissants qui sont des loyers, des polices, des boutiques, des codes de sécurité, des matériaux de construction. La burgensia fut à l’origine la redevance payée pour jouir des franchises du bourg et de ses privilèges. La ville est chère et elle le montre avec indécence et insolence. La ville est pauvre et grouille de manques et d’expédients, dans ces rues que parfois les révoltes viennent barrer et dépaver, que la misère toujours traverse et que l’errance ne lâche pas.

Car de toutes façons l’exclusion rejaillit en morceaux épars qui se glissent partout, qui sillonnent les places, qui rayent les façades et les vitrines, qui essaiment partout des vagabonds et des déplacés aux aguets, puisque la ville ne peut se clore sans se contredire. Elle ne peut s’installer dans la posture de résidence surveillée ou de parc à bon genre sans devenir autre chose qu’une ville, un camp retranché ou un Moneyland quelconque, avec milice privée comme Beverly Hills à Los Angeles, et Bel Air dans Beverly Hills.

La ville est de nature sans nature de classe ou de caste, bien qu’elle en distribue les cases sur son échiquier de fer. Il lui faut le partage et le passage autant que la dispersion et le côtoiement des éboueurs et des chauffeurs de maître, des creuseurs de chaussées, des livreurs de farine, des avocats pressés, des laveurs de carreaux, des motards d’escorte, des vendeurs de saucisses, des ambulanciers, des collégiens, des manifestants et des fêtards.

Qu’elle le veuille ou non, la ville mêle et brasse tout en séparant et en dissolvant. On se côtoie, on passe au plus près, on se touche et on s’écarte : c’est une même allure. On est serrés, corps à corps dans un métro ou sur un escalator, voiture contre voiture, et vitre à vitre aussi le soir d’un bord à l’autre de la rue : rideaux légers, lumières bleutées des télévisions, et parfois dans la nuit la musique énervée d’une partie de danse, parfois le soupçon d’une scène tendre ou furieuse.

On y mêle tous les accents, toutes les charges et les décharges du côtoiement, du frôlement et de l’écart, les battements de l’avec qui n’est ni dedans, ni dehors, comme toute la ville est sans dedans ni dehors. « Dedans », dans la maison, ce n’est plus la ville, non plus que « dehors », en pleins champs, et la ville est justement sans l’un ni l’autre, topologie d’une bande mœbienne dont l’échappée fait retour en soi mais qui ne se pénètre que pour s’extravertir.

C’est le voisinage, ni lien, ni même rapport, juxtaposition toute locale qui ne fait qu’esquisser l’échange. Glissement et frottement, léger ou râpeux, sur le palier ou dans la rue, au cinéma ou dans le tram. Le voisin est tout près sans proximité, il est loin à portée de main ou de voix. Entre nous clignote un faible échange de signaux, une correspondance imperceptible et aléatoire. Et les morts des cimetières sont eux aussi voisins des maternités ou des ateliers, des salles de rédaction et des restaurants.

Tout le monde se rencontre et s’évite, se croise et se détourne. Les regards se touchent à peine, s’attardent furtivement l’un à l’autre, les corps prennent garde, des territoires fragiles se transforment sans fin, des frontières labiles, mobiles, plastiques et poreuses, un mélange d’osmose et d’étanchéité. Complexe de lois physiques — attraction et répulsion —, chimiques — assimilation, décomposition —, cosmologiques — expansion et implosion, courbures de l’espace-temps —, morales — ordre et désordre, amour et haine.

Les gens ne cessent pas de surgir et de disparaître. La ville déploie une phénoménologie phoronomique et chronophotographique, du passage et du passant, de l’emportement, de l’évanouissement, de l’éloignement, du coin et du détour de rue, de la montée d’escalier, du rendez-vous et du bus manqué. Les visages ne cessent de se presser : serrés et affairés, offerts furtivement dans une mobilité emportée. À l’infini, des traits, des peaux, des âges, des charmes, des rides, des plis, des postures, des accents, des faces effacées, des figures fugaces, un plaisir multiplié de portraits non exposés, emportés vers les lointains inaccessibles de leurs soucis, de leurs pensées, de leurs images très intimes. On y touche sans y toucher, on est touché. On observe à la dérobée, on observe le dérobement même. On est voyeur à l’aveuglette. Tous les regards se longent et se plongent dans leurs absences respectives. Sans cesse renouvelés, substitués et irremplaçables, ils sont les uns pour les autres à la fois égarés et indiscrets. Ils sont l’un pour l’autre étrangers, des intrus, des importuns, et l’un de l’autre proches, si ressemblants, revenant sans cesse en types immanquables, jeunes filles, vieux messieurs, dames chic, clients indécis, mecs avantageux, des êtres génériques, des allures, des modes, mêlés à l’infini des singuliers, dans une grande tension inapaisée entre l’universel et le particulier, entre l’extension vague et la précision secrète.

Ainsi la ville est en soi sans jamais revenir à soi, et chaque conscience de soi y est aussi conscience de la ville qui est sans conscience. Plutôt structurée comme un inconscient : à peine un moi qui flotte minuscule à la surface d’une épaisseur peuplée, d’un ça tissé, strié, pulsé, tendu en expansion dans tous les sens, entassant les générations et leurs cimetières, les fondations et les démolitions, l’illimitation généralisée des limites.

La ville n’autorise guère à énoncer « je suis », mais plutôt « j’y suis ». L’espace plié et déplié y précède l’être. On ne peut pas offrir de vue panoramique ou de synthèse, mais toujours seulement un vieillard assis seul sur sa chaise dans une rue blanche et droite de Rosolini, un groupe d’écoliers attendant le bus à Kyoto, les mobylettes soulevant la poussière ocre à un carrefour de Ouagadougou, d’une fenêtre de Moscou les lourdes fumées blanches étirées dans un ciel de neige, une devanture à Marseille pleine de lingerie criarde, un mendiant à genoux sur un pont de Strasbourg, deux filles dans une cabine téléphonique de bois à Prague, à Leipzig un tramway qui tourne en grinçant, le pavé mouillé d’Inverness, images qui passent les unes sous les autres, vues superposées dans une identité brouillée, dans la mêlée des lieux incertains, des lieux de passage, des lieux délocalisés.

L’homme habite en passant : non pas en voyageur embarqué pour un autre monde, mais en passant pressé ou flâneur, affairé ou désœuvré, qui passe en côtoyant d’autres passants, si proches et si lointains, familièrement étranges, dont toutes les stations ne sont que provisoires, au milieu du trafic, des courses, des transports et des trajets, des portes sans répit ouvertes et fermées sur les demeures en retrait pourtant encore pénétrées des rumeurs de la rue, des bruits et des poussières d’un monde tout entier passant.

Jean-Luc Nancy

I/ VILLE & LANGAGE

Travaux:

Paul Auster, Cité de verre, 1986 (langage et espace)
La Cité de verre a été publié en 1993.Il est le premier volume de la Trilogie New-Yorkaise. Le personnage principal, Quin, écrivain de série noire, accepte d’être pris par erreur pour un détective du nom de Paul Auster.On lui demande d’enquêter sur un scientifique du langage qui vient de sortir de prison et qui déambule dans la ville sans but apparent.L’écrivain découvrira bientôt que ce scientifique tente d’inventer un nouveau langage pour sauver le monde de l’incompréhension ambiante.

Borges
http://www.bruno-latour.fr/virtual/index.html#
ville impossible: Italo Calvino, La città invisibile

Matt Mullican (l’arbitraire des symboles comme production d’un espace public dont nous sommes privés)

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http://query.nytimes.com/gst/fullpage.html?res=950DE1D91330F932A3575AC0A96F948260
(sur la question de l’arbitraire des symboles: Mullican City est une ville étrangère, dont nous sommes exclus, dont nous sommes les observateurs, une manière de briser la relation privé-ville).

For more than 10 years, Matt Mullican has been continuously developing a sign system which is, on the one hand, a product of his imagination, and on the other, taken directly from everyday life. Signs as they can be found in airports, train stations, urban spaces – generally in all places where people of different origin and languages move about; signs for orientation that are as unambiguous as possible for everyone, indicating the way to the baggage reclaim, the telephone, the toilets, etc.
Mullican has systematised these signs and represented them in various media, frequently formally thematising the indicative function of this pictorial sign-language in the form of posters or flags outside of exhibition halls in public space.
Mullican then utilised this international communication system consisting of signs and symbols as the basis for developing his own models of a cosmology which on five levels structures the mechanisms of perception and learning used by humans to access their world.
Mullican uses six colours, each assigned to one of the five levels, to illustrate these models:
Green designates the level of « elements ». It is the lowest level and encompasses the realm of nature and the material characteristics of objects, the creation and development of which is not triggered or determined by mental processes.
Blue designates the « World Unframed », the field of unconscious, automatic activities taking place without reflection.
Yellow is the level of consciously-controlled processes of thought and action, through which the world is perceived, analysed and systematised.
Black and white are the colours of « language » as an abstract system of indication through which objects lose their individuality and are translated into pictures/signs.
Red designates the fifth and highest level, that of the « subjective », of mental activities determining our individual experience in relation to the signs.
In this manner, Mullican has also designed the model of an imaginary city, as an illustrated brochure of human knowledge and personal experience. In the past years, Mullican has developed a series of works on this topic, the detailed plans of which integrate found and invented signs and symbols in a thought-out order.
The computer project gave Mullican the opportunity to physically realise his idea of a model-city in which the viewer can navigate on and between all five levels. The installation at Portikus consists of 18 computer-animated « city views », as well as an endless 5-minute video loop simulating a travelling-shot through Mullican’s imaginary city. As a third product and final step in the development of this project, two small sculptures are shown giving physical presence back to the objects stored as data bases in the computer.

« …..My city is not the representation of a social phenomenon. It is more abstract, it does not deal with a populated surrounding. It is not necessarily about the space between people, although it actually should exist on this level. It is more about the space between people and objects. This may sound very simplistic, but it is about the space existing between any conceivable object and myself, and about how I can comprehend this object in different ways – emotionally, as a word, etc. In the end, I could place people in the city, but at the moment it is empty because it deals with this perception of emptiness. » (Interview with Matt Mullican 1990)

II/ LA VILLE & LES HABITANTS

Travaux:

I’ve heard about, François Roche (la ville non comme forme mais comme projet)
http://www.new-territories.com/
http://www.new-territories.com/I’veheardabout.htm
http://b.durandin.free.fr/iveheardabout

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J’ai entendu parler d’une chose qui ne se constitue qu’au travers de scénarios hétérogènes, multiples et contradictoires, d’une chose qui refuse l’idée même qu’une prévision puisse être émise quant à sa forme de croissance, quant à la détermination de son futur.

Une chose informe qui se greffe sur un tissu existant, une chose qui ne cherche pas un point de fuite pour justifier de son existence mais accepte de palpiter, de s’immerger dans un état vibratoire, « ici et maintenant ».

Cette chose enchevêtrée, entrelacée, semble être une ville, non, plutôt un fragment de ville.

L’immunité dont bénéficient ses habitants est due au fait qu’ils sont à la fois vecteurs et protecteurs de cette complexité.

La multiplicité d’expériences et de formes qui s’y enchevêtrent n’a d’égal que l’apparente simplicité de ses mécanismes.

La forme urbaine ne dépend plus de décisions arbitraires, ni du contrôle de son émergence par quelques-uns, mais de l’ensemble des contingences individuelles. Elle intègre à la fois les prémisses, les conséquences, et l’ensemble des perturbations induites, dans un jeu de renvois réciproques. Les lois sont consubstantielles au lieu, sans effort de mémoire.

Les stimuli qui ont concouru à l’émergence de « I’ve heard about »  sont multiples et se renouvellent sans cesse. Son existence est inextricablement liée à la fin des grands récits, à la reconnaissance objective des transformations climatiques, à la suspicion de toute morale fût-elle écologiste, à la vibration des phénomènes sociaux et à l’urgence de renouveler les mécanismes démocratiques. La fiction y est le principe de réalité : ce que vous avez devant vos yeux est conforme à la vérité de la condition urbaine de « I’ve heard about ».

Quelle loi morale ou quel contrat social pourraient nous soustraire à cette réalité ? Nous empêcher d’y vivre ou nous en protéger ?

Le protocole de voisinage de « I’ve heard about », à l’opposé, n’annule pas le risque d’être au monde. Les habitants se nourrissent d’un temps présent, non différé, un temps qui alimente directement la forme de la structure territoriale.

« I’ve heard about » s’élabore aussi à partir des angoisses et des états de stress, elle n’est pas un refuge contre quelques menaces, elle n’est pas un lieu d’insulation, d’isolation mais reste ouverte à toutes les transactions. C’est une zone franche et libre, produite pour que nous puissions revivre ce qui a été à l’origine de son acte fondateur, pour nous puissions vivre avec, et pouvoir répéter l’expérience du commencement.

Les formes de vie y sont imbriquées, faites d’invaginations et de complexités nouées. Sa croissance est artificielle et synthétique, en rien redevable au chaos ou à la nature informe. Elle s’appuie sur des procédures bien réelles qui génèrent les substances et les modes opératoires de son évolution.

La sphère publique y est partout comme un organisme palpitant dans lequel plusieurs postulats contradictoires se confrontent les uns aux autres et pourtant restent vrais. Les rumeurs et les scénarios qui portent les germes de ses mutations futures y négocient avec le temps vibratoire de nouveaux territoires.

Il est impossible de nommer tous les éléments qui la composent ou de l’appréhender dans sa totalité parce qu’elle est la chose du plus grand nombre, de la multitude. Seuls des fragments peuvent en être extraits.

Le monde est terrifiant quand il est déchiffrable, lorsqu’il s’accroche à un semblant de prévisibilité, lorsqu’il cherche à préserver une unité factice. Dans « I’ve heard about », c’est ce qui se définit en creux, qui devient garant de sa lisibilité, de sa fragilité sociale et territoriale, et de son indétermination.

Rirkrit Tiravanija
http://www.paris-art.com/artiste_detail-2353-tiravanija.html
«Ce n’est pas ce que vous voyez qui est important, mais ce qui se passe entre les gens»

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III/ LES HISTOIRES DE LA VILLE

Travaux:
Twin Peaks, David Lynch

http://digilander.libero.it/stalkerlab/tarkowsky/manifesto/manifestFR.htm

Art+com, Invisible Shape of Things Past (1995)

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IV/ LA VILLE, ENTRE LES FLUX

Travaux:

http://www.virtualart.at/common/viewWork.do?id=532
RAFAEL LOZANO-HEMMER
» Frequency and Volume, Relational Architecture 9 «
2003 – 2003
« Frequency and Volume » consists of between 100 and 800 square metres of projected shadows which allow participants to scan the radio spectrum of the city with their bodies. As a shadow appears it tunes any radio frequency between 150kHz to 1.5GHz based on its position monitored by a video tracking system. The size of the shadow controls the volume gain of the specific audio channel. We can have 16 frequencies tuned simultaneously and the resulting sound environment is a composition controlled by people’s movements. This piece investigates the contested radio space in the context of the increased surveillance of the body as an antenna. The system tunes all sorts of signals including air traffic control, short wave radio, cell phones, police, taxi dispatch, pagers and more.

Knowbotic Research
http://www.krcf.org/krcfhome/
» connective force attack: open way to public « 2000

‘How to crack it!’ was the information and encouragement the computer magazine PC Online offered to readers in issue 10/2000, followed by precise instructions on how to take part in the boldly announced scheme: ‘The CD supplied with this issue contains the brute force attack software you need to participate to crack the password. After installing the program, dial into the Internet, where you can start to attack the Hamburg server and join the hot action.’ Behind the journalistic hype lies xxxxx connective force attack: open way to the public (, realized in collaboration with the Hamburg Kunstverein and the Hamburg Subway (HHA), xxxxx connective force attack: open way to the public is an urban system of action designed for working through the various conditions and potentials of a mediatized public domain. The project addresses the issues of insecure data networks, paranoia about hackers, privacy, electronic . The project foresaw the mass distribution of free software that would invite Internet users to join forces in cracking (’brute force attack’) an Internet server in Hamburg in order to infiltrate the city’s public information system ‘Infoscreen’. Three times daily via mobile and ISDN networks, the information entered by the trespassers was to be transferred uncensored to the screens of the some thousand monitors installed in Hamburg’s tube trains. Hacking and the controversies surrounding privacy, the public domain and data security would have been brought closer – metaphorically and literally – to some 800,000 passengers a week. It foresaw the deployment of ‘brute force attacks’ based on algorithmic data-descrambling strategies in order to gain access to an Internet server. The software allows participants to get together in a chat environment and so heighten the efficiency of the attacks. The goal is to infiltrate an information medium and/or territory, to allocate a new password to a purpose-created, password-protected area and occupy it with new content – until the next group cracks the password, alters it, and either adds its own comments to the preceding group’s content, or else deletes it or overwrite it. The available quantity of time and computer power decides whether, how and when a group succeeds in cracking a password. In other words, a brute force attack’s chance of success is directly dependent on the connective efficiency – the number of people who use the Internet to channel and join up their PCs to form a distributed, shared unit of action. Any new content generated is simultaneously displayed in a public location without being censored, namely on the large-scale data display in the ‘Jungfernsteig’ station, where it remains visible round-the-clock. (knowbotic research)

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» 10_dencies Series [Tokyo/Sao Paulo/Ruhrgebiet/Venice] «

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