14 jan

Le concept de variable

Le concept de variable me semble particulièrement fructueux dans le contexte contemporain. D’un part ce concept permet d’éviter le choix idéologique d’une école (génération versus interactivité par exemple) et se concentre non sur un mode d’apparition du numérique mais sur une opération qui possibilise l’apparition. On utilise des variables dans la production, ces variables pouvant être actualisées par des données internes ou externes. Comme je l’ai déjà dit ailleurs la variable est non seulement un concept courant (marquant quelque chose qui change, dont l’état est en devenir) mais aussi un concept à usage technique (1+n). Ce double horizon permet de mêler un rapport existentiel à la variable (l’existence comme ce qui varie) à un rapport technologique (l’usage de certaines formules logico-mathématiques). En définissant la fiction contemporaine comme variable, nous insistont sur une phénomène simple: la fiction de destin tragique devient une variable, elle varie au sens où elle n’est pas identique à elle-même, ce qui suppose que la fiction se répète et que cette répétition est un jeu de différence non d’identité. Au sens également où elle change petit à petit, selon des rythmes différenciés (varier c’est se modifier progressivement). Il s’agit de relire la Poétique d’Aristote en la confrontant à ce concept de variable, et en particulier quand il défend le tout au détriment des parties (ou des épisodes), dans la relation également qu’il fait émerger entre l’action et les personnages. On découvrira alors combien est fructueux l’apport de ce concept et combien il vient bouleverser la relation si problématique entre le possible et le virtuel. On devra également insister sur la transformation des relations de causalité. Comment enchaîner des causes et des effets si ils varient encore et encore? Mais pourquoi vouloir à tout prix qu’une fiction soit déterministe? Ne pourrait-on pas imaginer une fiction qui soit quantique, c’est-à-dire avec des variations dont le principe même est inquantifiable donc inanticipable et non-réintégrable dans la continuité déterminée du récit? Penser une histoire hors de la causalité c’est bie sûr rejoindre toute une tradition littéraire, mais c’est l’intensifier car cet a-déterminisme variable n’est pas seulement le fruit d’une métaphore, il opère à même un langage, celui de la programmation logico-mathématique.

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