On sait que les conditions matérielles d’inscription modifient ce qui s’inscrit. La mémorisation n’est pas simplement un acte de rétention d’une matière préalable, telle la cire cartésienne, mais se forme au moment même de sa retenue. Je n’écrirais pas la même chose avec un stylo à bille et avec une machine à écrire.
Cette différence est encore plus sensible avec l’ordinateur car c’est toutes les structures de mémorisation qui sont modifiées. Prenons l’exemple de ce blog, et de beaucoup d’autres, le narrateur est sur le backoffice, une fenêtre lui permet d’écrire et de mettre en page son texte de façon intuitive, d’y ajouter des images, des vidéos ou du son. D’autres fonctions lui permettent de lier ce qu’il écrit avec certaines de ses archives ou avec d’autres éléments du réseau. Il va de soi que l’imagination du narrateur est modifiée par tout cet appareillage, que cette étrange voix intérieure (mais on pourrait tout aussi bien parler des mains qui pianotent sur le clavier) quil note est configurée de part en part par ce dispositif.
Que ce dernier soit performatif de son usage, voilà qui remet en cause l’instrumentalité de sa technicité. Mais voilà aussi qui nous entraîne dans une boucle étonnante où ce qui s’inscrit et les conditions de cette même inscription (mais est-ce bien la même? N’y a-t-il pas alors en elle une différance?) se modifient l’un l’autre, sans qu’on ait jamais la possibilité de déterminer clairement qui a été le premier à changer l’autre. Peut-être est-ce cela la mutabilité de la mémoire et des technologies: la remise en cause du déterminisme causal par une double performation.

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merci de votre article , c’est très interessant…je voudrais savoir d’avantage
@+