Il n’y a aucune chose telle qu’un objet commun, telles qu’une idée ou genre d’idée perçue à la fois par la vue et par le toucher. Berkeley, Théorie de la Vision, sect. 127 Le battement du vent sur les feuilles, le souffle discret de la prairie, la route, le bruit sourd des voitures au loin. Comme une image immobile. Une souris est disposée dont se saisit le regardeur. Il la déplace. A droite et a gauche apparaissent les mains d’une femme et d’un homme qui s’approchent, se frolent, se touchent, se caressent, s’étreignent, se retiennent. Le déplacement de la souris affecte ce jeu de contact comme si la main du spect-acteur touchait de fagon invisible les mains du couple, comme si ce trio de mains se touchait dans le secret du dispositif. Il clique sur la souris, un autre paysage et à nouveau les mains se jouant l’une de l’autre, se touchent au contact de la souris. Brusquemment le jeu de maitrise se dérobe, les mains ne répondent plus aux «ordres> du spect-acteur. Elles semblent douées d’une vie autonome. Il a beau bouger la souris en tout sens, les mains s’arrêtent, se tiennent a distance puis reprennent leur contact. Tout comme il y a deux mains, il y a deux installations dans deux lieux différents. Tout comme il y a un couple de mains dans l’image qui fait face la main du spect-acteur, les deux installations se confrontent a une installation sur Internet. A tour de role elles prennent la main les unes sur les autres. Lorsque dans un dispositif les mains se derobent a notre contrôle c’est que nous voyons en fait le résultat de la manipulation d’un spect-acteur dans l’un des deux autres dispositifs. Lorsque nous pouvons manier les mains c’est alors que les deux autres espaces projettent notre interaction. Se toucher toi questionne le paradigme oeil-main sur lequel sont fondées les interfaces informatiques. La relation entre la souris et le curseur, qui est la plupart du temps impensée, vient modifier la dialectique classique entre ces deux organes. Le contact est ici considéré comme une operation a 2+1 mais ce qui s’ajoute n’est pas une conjonction, une articulation, une résolution: plutôt ce qui s’écarte infiniment et nous tient a distance de nous-mêmes
© 2004 Grégory