17 mai

Evangélisation

Il y a cette étrange notion dans le domaine des entreprises informatiques d’évangéliste.

Un évangéliste est une personne qui va colporter la bonne parole, communiquer, expliquer. C’est dire combien la techno-industrie est fondée sur un certain régime langagier et sur certaines autorités référentielles. Quelqu’un va apporter la bonne parole à d’autres, les consommateurs ou les investisseurs, qui par définition n’ont pas cette bonne parole. La bonne parole appartient donc à certains qui ont un projet technologique.

Les technologies sont donc avant tout, nous le savions déjà, du langage, non seulement d’un point de vue matériel (ce sont des machines à traiter du langage, plus exactement, une certaine conception du langage compris comme ensemble logicio-mathématique) mais aussi idéologique: elles sont communiquées sous forme de langage, comme c’est le cas de façon extrême avec les vaporwares, ces technologies qui ne sont qu’annoncées (qui n’existent que dans un régime langagier) et qui jamais ne verront le jour. Il faut voir dans cette prédominance du langage le point d’articulation entre la matérialité technologique et l’idéologie économique.

Vaporware: Un vaporware est un logiciel annoncé longtemps, toujours retardé, et qui probablement ne verra jamais le jour.
Le mot est récent, il vient de ‘vapor’, qui se réfère à la vapeur, que l’on peut voir, entendre, sentir parfois, mais qui n’a pas de consistance réelle; et de ‘ware’, terminaison de nombreux produits de l’industrie informatique tels hardware, software, firmware, etc.
Qualifier un produit de vaporware vise à le décrédibiliser. L’intention peut être neutre, ou agressive (par exemple, détourner des utilisateurs potentiels pour son propre compte, si l’on est promoteur d’un produit concurrent).
À l’inverse, promouvoir un vaporware peut être une activité délibérée à l’encontre d’un concurrent visant, par exemple à détourner des clients d’un produit concurrent en les incitant à attendre.
Néologisme francophone (rare) : fumiciel

4 Comments

  1. 1 17 mai 2006 at 5:19
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    D’accord pour la notion de vaporware, mais la notion d’evangeliste n’est pas à placer d’emblée dans une problématique de langage. Il y a actuellement et principalement dans le marché informatique une question d’usage à régler. Un développement logiciel est un produit de consommation, et pour vendre ce produit, il faut vendre la nécessité de son usage. Il faut même expliquer l’usage, ou alors plutôt faire naitre la nécessité d’usage et plus encore inventer des usages qui n’existent pas encore MASSIVEMENT chez le client. l’évangélisation est le préalable à une démarche commerciale de vente : je n’acheterai pas ce produit si il ne correspond pas à un usage que j’ai clairement identifié et qui va pouvoir au passage m’apporter un plus : gain financier, gain de productivité, gain de créativité, gain de plaisir, gain.

    Mais par contre, voilà que ce que je viens de dire s’écroule, ou plutôt confirme l’article : wittgenstein parle bien du langage comme une somme d’usages (je raccourci vulgairement..)

  2. 2 17 mai 2006 at 8:05
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    L’usage n’est-il pas avant tout une fonction langagière?

    Derrière l’argument de la concrétude de l’usage (qu’on oppose souvent au discours théorique qui serait abstrait et inutile), il y a souvent une conception instrumentale.

    Le gain quant à lui me semble également de nature idéologique, derrière la pseudo-objectivité du gain il y a le préalable d’apercevoir ce qui est selon le point de vue de la quantification ce qui est tout sauf neutre. L’économie aujourd’hui fonctionne selon ce principe de gain anticipable, elle le présente comme une évidence objective qu’il faut déconstruire.

    La conception instrumentale de l’usage: ça doit être utile, ça doit répondre ou créer un usage, n’est pas neutre et est avant tout construit par du discours, par de l’idéologie. Ce qui est intéressant dans les industries technologiques c’est le fait que le langage est au début comme à la fin de la chaîne, ce qu’on imagine et ce qu’on produit c’est d’abord du langage, une manière de traiter le langage. Le discours des évangélistes par exemple et les ordinateurs. Ce n’est pas le même langage dans les deux cas, mais il y a une articulation sans doute.

    Le fait d’utiliser un terme religieux n’est pas insignifiant, il indique un discours qui annonce et donc anticipe ce qui advient. Il transforme l’à venir (inanticipable par définition) en loi calculable (cf Derrida et la problématique du futur).

    Son étymologie:Provenç. evangeli, avangeli ; espagn. et ital. evangelio ; portug. evangelho ; du lat. evangelium, le terme grec signifie bonne nouvelle et provient de deux mots se traduisant par bien et annoncer, d’où le terme messager, ange (voy. ce mot).

  3. 3 19 mai 2006 at 1:08
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    tout cela est vrai, et pourtant on voit bien parfois que l’usage qui est d’un outil n’est pas l’usage qui était pensé et voulu initialement jusque dans le discours d’évangélisation d’un promoteur. On peut prendre l’exemple de la télécommande conçue pour les handicapés et utilisée massivement ensuite par tous les téléspectateurs valides, ou alors le détournement ou la focalisation sur un usage qu’on aurait pensé mineur dans un outil/produit par les « jeunes » technophiles. Le phénomène du fil RSS qui mène au podcast vraisemblablement à un mode séquentiel de consultation des médias à venir, et dont l’acronyme même a eu 3 significations : Rich Site Summary , RDF Site Summary ou Really Simple Syndication. Ce tatonnement sur la définition de l’acronyme résulte d’une évolution même de la technologie prévue initialement pour proposer un résumé de site web et qui est devenu un outil général de syndication de tous contenus. Ce mot donc est l’objet d’un flottement et l’usage est tellement mutant que les évangélistes peinent à s’emparer du concept. Je dérive de l’idée principale développées dans l’article de départ mais tout cela pour dire que c’est peut-être encore le langage qui se technise : les mots n’ont plus de sens, seulement des usages.

  4. 4 19 mai 2006 at 2:09
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    Je suis tout à fait d’accord sur l’idée que la définition d’un usage évolu et que l’usage anticipé n’est pas l’usage réalisé.

    La genèse même des appareillages technologiques par convergence (ce fut le cas de la réalité virtuelle) démontre que l’intentionnalité n’est pas le seul élément structurant l’apparition d’une technologie. Mais quand je fais référence au langage, je ne désigne aucunement par là un concept qui se définirait comme une maîtrise et une anticipation. Qui dit langage ne dit pas l’expression pleine et entière d’une visée explicite. On sait bien, depuis au moins la psychanalyse, mais on pourrait remonter plus avant, que le langage se dérobe à la volonté, que le langage n’est pas simplement l’expression d’une intériorité, mais est également performatif et produit des effets dépassant régullièrement ce que nous souhaitons (un usage par exemple).

    Ce que je trouve là passionnant est l’articulation entre le langage logico-mathématique du programme et le langage « commercial » de l’évangéliste, et que dans l’entre-deux de ces langages apparemment hétérogènes, quelque chose survient qui n’est justement pas un futur anticipable, calculable, mais un à-venir qui dépassant nos attentes et qui n’est pas programmé au sens strict du terme.

    C’est une manière de battre en brèche la dérive catastrophiste actuelle de Stiegler (bien que je pense que sur le fond il n’a pas oublié ce que lu-même a élaboré: les technologies sont une condition d’inviduation).

    Comment à partir d’un langage de la maîtrise qui est celui imaginé en son temps par la cybernétique, quelque chose comme de l’inanticipable (une occurence quelconque, on peut nommer aussi cela l’esthétique) peut advenir? Comment ce langage trouve un « allié » dans le discours économique actuel?

    Sur la genèse technologique, je suis entièrement d’accord avec toi pour penser que celle-ci n’est justement pas soumise seulement à la volonté du ou des concepteurs et dépassent singulièrement nos attentes.

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