17 août

Goodbye, Dragon Inn

Ralentir un plan, ralentir le temps.Suspendre la relation inaperçue entre l’espace et le temps. Suspendre une action dans les toilettes par exemple habituellement faites pour pisser. Deux hommes, puis trois, les uns à côté des autres alors qu’il reste des places séparées. Cela dure infiniment. On se demande ce qu’ils font car visiblement ils ne pissent pas même s’ils ont la posture. On s’interroge sur leur usage et la fonction supposée de la pièce, l’ensemble des renvois instrumentaux qui relient une technique à une autre s’effondre. Et l’usage même de l’image que nous sommes en train de voir. Un dernier homme entre, il sera donc le quatrième laron, mais il va en fait chercher son paquet de cigarettes sans doute laissé là par inadvertance entre le premier et le deuxième homme (pourquoi l’a-t-il sorti?). Il passe la main, les gêne un peu plus, dérange plus encore la relation de l’espace à la fonction. Dôter une femme d’une anomalie, une jambe plus courte que l’autre, pour modifier sa motricité et donc là encore son rapport à l’espace, car la manière dont elle investit de sa motricité la spatialité ne correspond pas au temps attendu, trop lent, beaucoup trop lent, d’une lenteur au-delà même de sa peine. L’espace n’est plus un lieu de passage fluide, mais un ensemble de lignes brisées et de ruptures que les motricités des personnages n’arrivent plus à combler. Puis. Les spectateurs ont désertés la salle, elle reste vide, la lumière est allumée. Nous nous sommes dans une salle aussi, éteinte elle, éclairée seulement par cette autre salle de cinéma filmée. Le face à face dure un temps interminable, face à face entre l’image de la salle vide et notre perception de la salle dans laquelle nous sommes effectivement. Façon de mettre en scène, de dédoubler et de redoubler, comme dans toute oeuvre importante, le paradoxe de la perception, sentir et se sentir, sentir qu’on sent, encore et encore, interminablement. Il n’y a pas d’autre propos que cet ennui là d’une qualité toute particulière qui fait appel à une intelligence esthétique. Le temps ne passe pas, l’espace est comme arrêté, suspendu, en deuil de lui-même, fragmenté par un principe auto-immune, on s’ennuit, la série des maintenants ne parvient plus à s’écouler sans que nous en ayons conscience doublement, cette série ne parvient plus à s’oublier dans l’écoulement du temps. L’ennui devient l’envoûtement qu’exerce l’horizon du temps.

Add Comment

Your email is never published nor shared. Required fields are marked *

*
*