Ralentir un plan, ralentir le temps.Suspendre la relation inaperçue entre l’espace et le temps. Suspendre une action dans les toilettes par exemple habituellement faites pour pisser. Deux hommes, puis trois, les uns à côté des autres alors qu’il reste des places séparées. Cela dure infiniment. On se demande ce qu’ils font car visiblement ils ne pissent pas même s’ils ont la posture. On s’interroge sur leur usage et la fonction supposée de la pièce, l’ensemble des renvois instrumentaux qui relient une technique à une autre s’effondre. Et l’usage même de l’image que nous sommes en train de voir. Un dernier homme entre, il sera donc le quatrième laron, mais il va en fait chercher son paquet de cigarettes sans doute laissé là par inadvertance entre le premier et le deuxième homme (pourquoi l’a-t-il sorti?). Il passe la main, les gêne un peu plus, dérange plus encore la relation de l’espace à la fonction. Dôter une femme d’une anomalie, une jambe plus courte que l’autre, pour modifier sa motricité et donc là encore son rapport à l’espace, car la manière dont elle investit de sa motricité la spatialité ne correspond pas au temps attendu, trop lent, beaucoup trop lent, d’une lenteur au-delà même de sa peine. L’espace n’est plus un lieu de passage fluide, mais un ensemble de lignes brisées et de ruptures que les motricités des personnages n’arrivent plus à combler. Puis. Les spectateurs ont désertés la salle, elle reste vide, la lumière est allumée. Nous nous sommes dans une salle aussi, éteinte elle, éclairée seulement par cette autre salle de cinéma filmée. Le face à face dure un temps interminable, face à face entre l’image de la salle vide et notre perception de la salle dans laquelle nous sommes effectivement. Façon de mettre en scène, de dédoubler et de redoubler, comme dans toute oeuvre importante, le paradoxe de la perception, sentir et se sentir, sentir qu’on sent, encore et encore, interminablement. Il n’y a pas d’autre propos que cet ennui là d’une qualité toute particulière qui fait appel à une intelligence esthétique. Le temps ne passe pas, l’espace est comme arrêté, suspendu, en deuil de lui-même, fragmenté par un principe auto-immune, on s’ennuit, la série des maintenants ne parvient plus à s’écouler sans que nous en ayons conscience doublement, cette série ne parvient plus à s’oublier dans l’écoulement du temps. L’ennui devient l’envoûtement qu’exerce l’horizon du temps.
17 août
By Grégory. Posted 17 août 2004 at 3:15 . Filed under Expositions. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
Post a comment or leave a trackback.
Browse
Previous: Surveiller et punir (Michel Foucault)
En résume, on peut dire que la discipline fabrique à partir des corps qu’elle contrôle quatre types d’individualité, ou plutôt une individualité qui est dotée de quatre caractères : elle est cellulaire (par le jeu de la répartition spatiale), elle est organique (par le codage des activités), elle est génétique (par le cumul du temps), [...]
La crise de l’art numérique n’est pas spécifique à une catégorie de créations mais est un des symptômes de la crise de l’art contemporain. Cet état de « crise » est bien sûr un effet de style, une tournure de langage, une mise en scène que l’art ne cesse de rejouer, annonçant sa mort ou sa fin, [...]
