Elle se réveille dans une suffocation. Son corps est tendu puis se tord. Il la prend dans ses bras. Elle le rejette presque mais sans violence. On croit qu’elle pleure mais elle ne pleure pas. Elle s’allonge à nouveau, les yeux grands ouverts, le dos droit comme si on allait la border et elle lui raconte tout. Ses rêves et le reste. Il écoute attentivement, il ne comprend pas tout, il reste calme coûte que coûte. Elle lui dit la famille, le beau-père dans la chambre, les caresses. Elle lui dit dans un effroi le frère qui voit cela dans l’entrebaillement de la porte et qui ne peut rien faire. La porte qu’elle voudrait fermer pour se retrouver seule. Elle dit la complicité de la mère. Elle dit le silence. Et les cadeaux, les magasins, tous les objets accumulés dans sa chambre de petite fille. La famille heureuse et unie. Tout ce qu’elle veut. La nourriture dont on la gave. Le vomi après les repas. Tout ce qu’on croit qu’elle veut. Elle raconte aussi la télévision, les images de guerre, de morts, les chairs brûlées, les enfants qu’on assassinent, les mères dans les entrailles de leurs maris et tout ce luxe. Elle ne comprend pas la relation entre les deux mais elle vit les deux et le monde n’a plus aucun sens. Il n’en a jamais eu.
La ville à nouveau. Une nuit. Il a oublié ces mots, il dérive indéfiniment. Il porte seulement sur lui sa photo et il ne sait pas qui elle est. Il doit la retrouver. Il ne doit plus lui faire de mal.