La question n’est pas celle de l’interactivité et du formalisme, plutôt de juxtaposer des niveaux d’activités et de passivités différents. Changer de rythme, ne pas pouvoir anticiper ce sur quoi on va cliquer. Un choix qui n’est pas un choix, plutôt un exil sans finalité. Le « fil » narratif est donné par la voix-off : elle est aléatoire (séquence et durée des silences). Mais qui parle ? Les fragments sont compatibles avec n’importe quel autre : anonymat des voix proches du Nouveau Roman. C’est un dialogue entre un homme et une femme, mais c’est un faux dialogue, comme il s’agit d’une fausse interactivité. Il n’y a pas de relation entre la cause et l’effet. Pourtant, parfois, cela fait sens car le sens est ce qui manque, c’est une lagune. Les voix accompagnent la navigation : on sépare les sens pour multiplier le sens. Le son ne se réfère pas à l’image, de sorte que l’internaute se focalise tantôt sur le son, tantôt sur l’image. Il passe d’un plan à un autre. A qui parle les voix ? A l’autre, aux internautes, à eux-mêmes ? Et que racontent-elles ? Hésitation quant au statut de l’histoire, comme si l’histoire s’oubliait à mesure qu’elle était racontée. Quelque chose se raconte dont la navigation de l’internaute est le médium, mais on ne sait pas quoi, on ne s’en souviendra pas : la multiplication des plans narratifs permet une méta-intercompatibilité entre tous les fragments. L’interactivité modifie la manière de raconter des histoires, leurs formes et structures, mais aussi le contenu même des histoires (d’ailleurs les deux sont inséparables puisqu’il s’agit d’un acte de synthèse). Raconter quelque chose qui était impossible auparavant. Lenteur du site, répétition : on demande un effort de la part de l’internaute, c’est-à-dire une responsabilité (// au cinéma, cf Serge Daney, une éthique de l’image, du spectacle et de l’attention). Pourquoi ce site n’est pas interactif ? L’interactivité est un autre cliché du réseau où on cherche toujours à faire intervenir l’internaute par le biais de formulaire, etc. L’interactivité n’est pas le médium, elle dépend du sujet traité, elle s’y adapte, elle s’y fond. Ici l’anonymat et la mort, les trains qui passent, qu’on prend et qu’on ne dirige pas. Le métro est passif, le réseau sans aucun doute aussi. Et puis pourquoi choisir ? Sur quels critères ? Il ne s’agit pas de passivité mais de passibilité. Pour que quelque chose ait lieu, il y a comme un contrat entre l’utilisateur et l’œuvre. On s’oppose au spectacle du réseau, car il nie les singularités en le leur laissant aucune place, en prévoyant toutes les actions possibles (ergonomie). L’interpassibilité plutôt que l’interactivité, l’écoute flottante plutôt que la focalisation et l’effet. L’internaute doit combler les lacunes, les vides et manques de l’histoire, des histoires : interpassibilité. Ne pas faire un système ergonomique où la prévisibilité est la règle, mais un système qui ouvre la complexification des possibles.
18 jan
By Grégory. Posted 18 janvier 2001 at 9:26 . Filed under Narratologie. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
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« Le spectateur accepte le noir, le voile de nuit qui lui est imposé, l’effacement de son corps, l’immobilité presque mortuaire, la captivité du cachot, du tombeau, pour qui le corps qui renonce ou qui s’absente, corps qui s’abstrait sous le deuil, devienne ainsi le corps invisible, fantôme parmi les corps filmés, participant clandestin d’une autre [...]
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Non pas une fiction, mais un désert où peuvent se construire des textes (le peuple du désert, le peuple manque). Proposer un voyage, un labyrinthe qu’on ne saurait entièrement explorer, un espace qui est comme déserté. Intégrer les réponses des internautes pour produire un jonction-disjonction entre les images, les textes et le fil narratif. Penser [...]
